Axe Autorité, Libertés, Contrainte

Programme 2017 - ...

AUTRE HISTOIRE : HISTOIRES AUTRES ?

La nouvelle proposition structurante maintient l’esprit du séminaire Trop C’est Trop en ne voulant pas imposer un thème aux autres mais trouver un thème qui permette au plus grand nombre de collègues d'amener ce qu'ils font déjà par ailleurs et chacun pour soi. Le séminaire TCT commencé en juin 2015 a été conçu pour permettre à qui le veut d'amener son sujet ou de suggérer un intervenant. Le projet nouveau peut dépasser les limites de l’axe Autorité, selon qui voudra y contribuer.

Ce projet porte sur l’Histoire, en EUROPE et sur les historiens et leur LIBERTE de penser et de produire – liberté qui est plutôt toute relative, tellement nos prédécesseurs et encore nous mêmes, nous avons été et nous sommes influencés et sous la CONTRAINTE de notre propre époque. Voire même sous une AUTORITE qui dans certains contextes a pu imposer quels sujets étudier, la manière de les traiter, les thèmes ou les angles sur lesquels il fallait se taire. Si aujourd’hui nous jouissons de bien davantage de libertés – ou si nous avons cette impression – il n’empêche que nous relevons toujours d’une certaine historiographie et nous sommes toujours, même inconsciemment, sous des influences entre autres nationales qui nous empêchent de voir, de ressentir, de comprendre, d’analyser et d’écrire tous exactement la même chose.
Ce projet structurant est exactement fondé sur notre dimension européenne – dont nous avons bien convenu en conseil d’équipe qu'il fallait la renforcer – et nous l’avons nommé pour le moment : « Autre Histoire : histoires autres ? ». Nous organiserons des dialogues et confrontations entre nous et d’autres, entre des chercheurs français et si possible des étrangers, ou au moins entre des français dont certains seraient des experts d’un espace étranger, sur une thématique où il serait intéressant d’exposer les manières différentes de faire de l’Histoire, soit sur un thème large, soit sur un thème précis, voire sur un évènement ou sur des méthodes. La dimension européenne sera forcément inégale parce que l’accentuation franco-allemande se dégagera d’elle-même, du fait de nos réseaux et de la proximité du Rhin, mais cela pourrait aussi bien impliquer d’autres voisins (Belges, Suisses...) et d’autres plus éloignés (Espagnols, Italiens, Anglais...) tant que l’on reste dans les « Arts, civilisation et histoire DE L'EUROPE ».
A ce jour il n’est pas envisagé de grande publication du type DHL mais des perspectives éclatées : bouquet d’articles dans une revue, sur le net, ou articles exploités isolément. Le projet permettra à chacun de travailler dans ce cadre collectif mais aussi selon ses propres intérêts. Pour prendre deux exemple, tel collègue peut parfaitement monter une séquence sur l’histoire juive qui serait sans proximité avec une séquence franco-allemande sur Charlemagne, mais les deux relèveraient de ce cadre large : « Autre Histoire : histoires autres ? » Nous pouvons aussi insérer, relier, telle autre opération envisagée par un collègue à celle-ci et donc nous retrouver avec des moments à double sceau dans la vie de l’équipe ARCHE et de l’axe Autorité.
Plus l’historiographie est pesante sur un thème et mieux ce sera. Pour donner un exemple du potentiel d’une telle approche, les spécialistes des sociétés rurales en Allemagne et en France ont constaté entre eux des différences : cette grande thématique est plutôt neutre pour les Français mais plus sensible pour les Allemands à cause d’une survalorisation de l’histoire paysanne par les nazis, ce qui avait entraîné un repli après guerre dans les années 1950 et 60, alors même que les Français labouraient avec enthousiasme l’histoire des campagnes à coups de grandes thèses d’histoire totale. Or les historiens français et allemands ne se sont toujours pas rejoints sur la manière de concevoir et faire de l’histoire rurale.
Un rythme suffisant serait d’une séquence par trimestre ou d’une par semestre avec deux à quatre intervenants (= une 1/2 journée d’étude) et la nécessité de le préparer X mois à l’avance. Le projet ne démarrera pas avant 2017 et il peut être déployé pendant plusieurs années.

  • Mercredi 12 avril de 9h à 12h salle 127

Autre histoire – histoires autres : l’apport de l’archéologie du bâti.

L’archéologie du bâti est une discipline relativement jeune et pas encore ancrée dans le canon des disciplines des sciences historiques en France. Néanmoins elle représente, pour les historiens de l’art et de l’architecture, une des innovations les plus intéressantes des dernières décennies. Le séminaire s’est fixé comme but de présenter les méthodes de l’archéologie du bâti et de thématiser son apport à l’étude des monuments historiques comme source. Si la présence d’une table ronde consacrée à cette thématique en début d’une nouvelle série de séminaires de l’axe « autorité – contraintes » peut apparaître arbitraire, elle ne l’est pas. Un chantier est toujours soumis à des contraintes et à des autorités, et une bonne compréhension de son fonctionnement et des conditions de travail est essentielle pour appréhender l’objet dans sa dimension sociale, politique et artistique.

La séance du séminaire est animée par quatre spécialistes qui ont pu faire des expériences avec cette méthode : Jean-Jacques Schwien, MCF en archéologie médiévale à l’UniStra, Maxime Werlé, archéologue territorial à Archéologie Alsace, Membre de l’UMR 7044 ARCHIMEDE, Sabine Bengel, historienne de l’art à la Fondation de l’Oeuvre Notre-Dame, et Marc Carel Schurr, PR en histoire de l’art médiéval à l’UniStra.


Programme 2014-2016

TROP C'EST TROP

Le séminaire TROP C'EST TROP envisage d'explorer en histoire et en histoire de l’Art les faits, discours et représentations intolérables, inacceptables, insupportables. Où sont les limites et pourquoi ? Que se passe-t-il concrètement quand elles sont atteintes et dépassées ?

La thématique peut être déclinée en histoire de l’Art à partir du hors normes, de l'inconvenant, de l'incongru, ce qui contrevient aux normes de la beauté, aux normes académiques, aux normes du bon goût, etc. On peut aussi chercher les cas les plus limites et les scandales les plus énormes, tant dans les œuvres produites que dans les existences des artistes.
En histoire, l’insupportable s’inscrit dans le temps et quantité de choses réprouvées à une époque sont devenues tolérées plus tard, alors que d’autres ignorées ou sues et tolérées sont devenues interdites et éventuellement punies de plus en plus durement.

On n’en fera pas facilement la balance mais à notre époque il semble que les cas intolérables dans l’espace public ont été multipliés jusqu'à susciter une impression de saturation, tant il y a de faits socialement réprouvés et/ou sanctionnés par le Droit. Ce que l'on dit intolérable est vu et qualifié de mal absolu alors que se retourner vers le passé montre que la limite est toujours historiquement constituée et donc relative. Bien souvent les choses ne sont pas énoncées au préalable et c’est l’étude même des cas qui est révélatrice de l’acceptabilité d’une situation et de ce qui au contraire est radicalement inacceptable.

Une analyse fine doit aussi permettre de distinguer entre des transgressions qui sont évaluées plus ou moins gravement par l’ensemble de la société et même socialement diversifiées. Observer les actions est probablement plus pertinent que les discours, éventuellement soit dépassés par les faits, soit trop avancés. C’est ainsi la sanction des faits qui exprime au cas par cas ce qu’il est tolérable de faire ou de dire dans l’espace public et dans la sphère privée.

Antoine Follain

 

  • Vendredi 30 septembre 2016, à 13h

- Sarah Dumortier, « "Il est impossible de souffrir plu lontems les ordures qui se font au presbitaire." La paroisse, entre tolérance et condamnation de la sexualité des gens d’Église (XVIe-XVIIIe siècles) »

Si la sexualité des gens d’Église est honnie et condamnée, si les justices ecclésiastique et séculière luttent pour normaliser l’absence de sexualité des ecclésiastiques, force est de constater via les sources judiciaires des officialités qu’une minorité dévoyée exerce dans les paroisses tout au long de l’époque moderne. Ces sources permettent au chercheur de découvrir un théâtre du quotidien où une sociabilité particulière règne entre le prêtre délinquant et ses fidèles. Cette sociabilité est bien éloignée des exigences de perfection pastorale où le bon prêtre doit porter les marques de son état, se tenir à l’écart et faire rejaillir sa sainteté sur ses ouailles. Le desservant de la paroisse est un proche qui partage un même mode de vie, des préoccupations communes et il se place avant tout au sein d’une communauté villageoise et non pas ecclésiastique. Ce vivre ensemble est alors perturbé par la ou les liaisons de l’homme d’Église et il revient de s’interroger sur la perception et l’acceptation de la conjugalité et de la sexualité ecclésiastique par les paroissiens. L’attitude des fidèles est difficile à définir tant les interrogatoires menés sont orientés et passés au prisme d’une institution religieuse et masculine, cependant les recours collectifs à la justice ou la teneur des reproches qui apparaissent dans les procédures ex officio permettent de saisir les indulgences et les attitudes jugées inacceptables. L’analyse rigoureuse, et détachée d’une approche uniquement descriptive, des dossiers de procédure de six officialités (Beauvais, Cambrai, Châlons-en-Champagne, Paris, Reims et Troyes) permet de mettre en évidence le « seuil de tolérance » des paroissiens face à leur desservant dévoyé mais également les propres normes des communautés face à la sexualité ecclésiastique. Dès lors, le chercheur perçoit les matérialités inhérentes au siècle et à l’avancée de la réformation catholique mais peut également établir les comportements acceptés, voire admirés, parfois moqués de ceux amenant les fidèles à se détourner de l’Église, à quérir de nouveaux confesseurs et à saisir la justice. Il faut donc s’interroger sur les limites des fidèles face aux frasques amoureuses du curé ou de ses auxiliaires, sur leurs représentations du hors-normes, sur les matérialités du scandale tel qu’ils le dépeignent mais également sur les réalités concrètes de leurs actions lorsque leur tolérance n’est plus de mise.

- Myriam Deniel-Ternant, « Effets de sources et effets de seuil de la sexualité cléricale : mise en regard des ecclésiastiques à la Bastille et à l’officialité de Paris au XVIIIe siècle »

L’historiographie dominante s’accorde sur l’avènement d’un bon prêtre au XVIIIe siècle, forgé par la mise en place des séminaires, exécutant des tâches de plus en plus nombreuses dans un contexte post-tridentin. Pourtant, des travaux récents, dans la lignée d’une histoire de la criminalité, de la justice et de la déviance, montrent la persistance d’un clergé irrespectueux de la norme de chasteté.
La difficulté de tout champ de recherches réside dans l’impératif de sources. Or l’absence d’écrits ne signifie pas l’absence d’exactions, surtout dans le cadre d’une sexualité mise sous le boisseau car théoriquement impossible. Inversement, la surinterprétation menace le chercheur confronté à l’abondance des sources. Les ecclésiastiques incarcérés dans les geôles de la Bastille ou poursuivis sur le banc de l’officialité parisienne offrent la vision d’un traitement arbitraire et judiciaire de la déviance sexuelle cléricale. Leur mise en regard met en évidence le hiatus entre compromission charnelle et judiciarisation : seule une inconduite réitérée et protéiforme entraîne une saisine de justice. Le délai peut d’ailleurs être considérable entre la chronologie des faits reprochés et la réaction institutionnelle. La transgression de normes obéit donc à une double temporalité, reflet du franchissement d’un seuil d’indulgence bien souvent invisible. Plusieurs cas autorisent à mener une quête de l’élément déclencheur engendrant l’irruption de l’exaction dans l’archive : comportement jugé inadmissible, énième dérèglement faisant déborder un vase d’inconduites accumulées, flagrant délit et scandale. La comparaison des deux groupes de clercs déviants montre également des spécificités, liées à la nature des déviances autant qu’aux préoccupations des instances et échelles concernées. Notre étude révèle ainsi l’ambivalence des réponses apportées à l’inconduite ecclésiastique et rappelle la nécessaire approche méthodologique de sources parfois trompeuses.  

  • Vendredi 12 février 2016, de 11h à 13h

- Hervé Piant, « "A répondu qu'elle avoit voulu mourir [...] et qu'elle n'avoit pas pensé plus loin." Une tragédie criminelle en Lorraine sous la Révolution. »

En 1799, dans le petit village de Void (dans le département de la Meuse), on découvre un habitant gravement blessé : attaqué dans la forêt par trois individus, l'homme a été émasculé. Bien qu'ils aient été masqués, il dénonce formellement ses agresseurs comme étant son voisin, Nicolas Gagneur et ses deux fils. Gagneur est immédiatement arrêté, conduit en prison, et l'enquête commence. Quelques jours plus tard, le village est saisi d'effroi : on découvre dans la maison de Nicolas Gagneur, le corps sans vie de ses trois enfants, âgés de 16 à 20 ans, tués à coups de hache, apparemment sans autre trace de violence. La femme de Gagneur, et mère des enfants, Catherine Varinot, est, elle, blessée mais en vie. Rapidement il apparaît évident que c'est elle qui a tué ses propres enfants, avec leur accord. Elle est aussi emprisonnée.
Les deux époux vont donc être jugés, dans des procès différents, condamnés à mort et exécutés à quelques jours d'intervalle. Si, à la lecture des pièces, la culpabilité de Gagneur et Varinot, dans leurs crimes respectifs, ne fait guère de doutes, le terrible drame de Void, qui a laissé des traces dans la mémoire des habitants du village jusqu'à aujourd'hui, soulève de nombreuses questions sur le fonctionnement de la justice de l'époque et sur les rapports sociaux à l'oeuvre dans cette communauté apparemment paisible.

  • Vendredi 29 janvier 2016, de 11h à 13h

- Frank Muller, Professeur d'histoire moderne émérite à l'Université de Strasbourg : « Se faire justice soi-même ou l’individu contre l’Etat : l’histoire de Michael Kohlhase. » 

A partir d’une histoire réelle, relativement bien documentée, celle d’’un marchand de Cölln (aujourd’hui quartier de Berlin), victime d’une injustice en 1532, Michael Kohlhase, Heinrich von Kleist a tiré une longue nouvelle, Michael Kohlhaas (1810) qui, sans être réellement fidèle à la vérité historique, se fonde sur la même thématique, celle de l’individu face aux institutions. En effet, après avoir été victime d’un préjudice relativement minime, mais qu’il ne parvient pas à faire reconnaître réellement auprès des autorités de Saxe, Kohlhase décide que « trop, c’est trop » et déclare la guerre à l’électorat de Saxe et à la tête d’une petite bande, mène une guerre privée (Fehde), en enlevant des marchands, en pillant et en détruisant des villages pendant plusieurs années avant d’être pris, condamné et exécuté en 1540 à Berlin.

  • Vendredi 11 décembre 2015, 14h-16h, salle 109

- Christophe Regina, « Toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées : toutes les femmes, non, mais Marie-Thérèse de la Croix, si ! »

Difficile de mettre en lumière une destinée aussi sombre que celle prêtée à la mère supérieure du refuge d’Aix-en-Provence. Si l’on en croit son plus illustre publiciste, le poète provençal Jean de Cabanes, Marie-Thérèse de Languisière, dite « La sœur de la Croix », serait née dans la seconde moitié du XVIIe siècle dans la ville de La Flèche près du Mans et morte après 1710.  On sait peu de chose sur son enfance, si ce n’est que très tôt elle se livra à la prostitution sous la direction de sa mère. Devenue trop célèbre pour son libertinage, celle que le poète aixois avait surnommé la « Drouillade », pris la route de la capitale avec le désir de s’y enrichir. Démasquée et menacée d’arrestation, elle reprit la route en compagnie de celle qui se fit appeler Marie-Thérèse Moreau de Paquinerie. Toutes deux, travesties en homme, traversèrent le pays avec pour but de s’embarquer pour Livourne en Italie, haut lieu de la prostitution sous l’Ancien Régime. Arrêtées à Toulon et menacées de condamnation, les deux prostituées parvinrent à faire croire aux autorités qu’elles n’étaient rien d’autres que des religieuses feignant d’être des prostituées pour aider ces filles perdues à retourner dans le droit chemin. L’adresse du mensonge et la grande force de persuasion de la Marie-Thérèse de Languisière lui assurèrent très rapidement une notoriété qui parvint jusqu’aux parlementaires aixois qui y virent là une femme d’une grande piété. Ils décidèrent de la faire venir pour prendre la direction du refuge de la ville, destinée à sauver les âmes des filles et femmes ayant sombré dans la débauche. Armée du visage de la sainteté, celle qui désormais se fit appeler la sœur de la Croix, su avec habileté acquérir le soutien des plus puissants parlementaires tout autant que la sympathie des bigotes, qui se disputaient le privilège de la compagnie de l’abbesse. Fine pédagogue, médecin réputée, le tout Aix se pressait pour la fréquenter. Mais à l’intérieur des murs du refuge dont elle avait la responsabilité, le véritable visage de la sœur se révélait. Selon Jean de Cabanes, celles qu’il surnomma la « possédée du démon », au lieu de sauver les âmes dont elle avait le ministère, s’employa à tenir dans son couvent un bordel fleurissant, protégé par ses amis du Parlement qui étaient parmi ses plus fidèles clients. Après presque quatorze années de crimes et de scandales, la sœur finit par tomber, ayant fini par perdre tous ses soutiens, l'activité de faux-monnayage fut la goutte qui fit déborder le vase. 

  • Vendredi 20 novembre 2015, 14h-16h, salle 109

- Adrien Dubois, « Le suicide à la fin du Moyen Âge : un geste interdit mais pardonnable dans des circonstances intolérables ? »

Selon les raisons données dans des demandes de grâce, certains maris accusés d’avoir battu à mort leur épouse, laissent parfois entendre que le décès de leur compagne n’est en réalité qu’une preuve supplémentaire de la méchanceté incorrigible de cette dernière. La femme aurait tout fait pour mourir, de manière à faire accuser son malheureux époux. Cet argumentaire, repris dans la lettre de rémission qui les disculpe, est d’autant plus surprenant que généralement les proches cherchent au contraire à dissimuler le suicide. Pourtant, certaines voix féminines confirment que la vie maritale est parfois suffisamment insupportable pour envisager sa propre mort. Est-ce dans l’espoir de se voir vengée ? L’expression dans d’autres contextes, notamment guerrier, de l’idée que la mort est parfois préférable à l’assujettissement, amène à se demander plus généralement à quel point le suicide, dans certaines situations, était lui-même jugé tolérable.

  • Mercredi 20 mai 2015, à partir de 13h

- Georges Bischoff, « Pour les mêmes péchés Sodome et Gomorrhe ont été englouties par la volonté toute puissante de Dieu. Le raid des Lombards en Haute-Alsace en août 1474 »

- Anne Corneloup, « Viols éloquents ? Autour des peintures de couples de Pietro Vecchia (Venise, 1603-1678) »

- Antoine Follain, « La bestialité : le crime qui était suffisamment incriminé par la Bible, qui ne se disait pas, ne se représentait pas et qui n’avait de circonstances ni atténuantes ni aggravantes… »


Programme 2013-2014


Gibiers de potence

La société et ses indésirables

xve xixe siècle

 

organisé par Antoine Follain avec Georges Bischoff

 

 

 

 

 

  • Argumentaire :

Faisant suite au séminaire 2012-2013 « Bandes, bandits, voleurs et vagabonds XVIe XVIIIe siècle » le séminaire d’axe 2013-2014 confirme le caractère international des contributions, tire les enseignements de la première année et ouvre résolument la thématique aux personnes aux marges de la société, les pauvres, les mendiants, les bohémiens, les lépreux, rejetés voire criminalisés, de la fin du Moyen Age au XIXe siècle. L’interrogation principale porte sur leur rapport avec le corps social, qu'ils s'efforcent d'y être toujours rattachés, vivent à la marge ou réorganisent leur propre société parallèle. Elle est de l’ordre du réel comme de celui des « représentations ».

Comme les années précédentes, le séminaire doit déboucher sur une édition et il comprendra un travail accompli avec des étudiants, à savoir l’édition et analyse de procès inédits tout juste tirés des archives et transcrits avec des étudiants en master (2007-2011). Il s'agit des procès faits aux « caressets » des Vosges dans les années 1590 à 1610 surtout. Le prévôt d’Arches, en particulier, organisa contre eux des battues dans les forêts entre le duché de Lorraine et la comté de Bourgogne. Au travers de leurs interrogatoires, ces « Gibiers de potence » accompagnés de leurs « garces » apparaissent comme tout à la fois des mendiants et des bandits de grand chemin, des colporteurs allant et venant entre l'Allemaigne (l’Alsace) et la Lorraine, des hommes de journée ou des gens de métiers, d'anciens soldats, des vagabonds, à l'occasion des assassins, des monstres et parfois des bonshommes inoffensifs, des solitaires ou des compagnons de fortune. Savoir s’il existait un « roi des caressets » et où le trouver était une obsession du prévôt d’Arches.

Fort éloignée de la réalité, cette crainte d’une bande de « la Caresse » ou des Vosges renvoie à une certaine peur des brigands qui a été développée dans le corps social à partir du procès fait en 1455 à Dijon aux « coquillards ». Ces « galans » et « mauvais guerçons » se retrouvaient en ville, dans un bordel, et leur bande s’appelait « les compaignons de la Coquille ». Dans les sources juridiques et dans les actes de la pratique judiciaire, le vol prend une ampleur nouvelle au XVIe sicèle. Josse de Damhoudere dénonce le « larcin » comme un crime « si commun entre toutes nations de gens, qu’on treuve difficilement aucune crime entre les hommes plus frequent ou cogneu »[7]. Contraire aux relations sociales, aux valeurs nouvelles du travail et de la propriété, frappé d’interdit religieux, le « furt », le vol, ce « crime détestable », n’encourt pas encore de peine extrême. Mais les circonstances, l’identité du voleur et la récidive conduisent facilement au gibet l’auteur d’un vol, à moins que le bannissement suffise pour éradiquer de la juridiction le voleur, et le vagabond, l’étranger, qui est seulement soupçonné.

Dès 1522 le « Grand bureau des pauvres » à Paris est institué pour résoudre la question de la mendicité agressive et des « cours des miracles ». En Angleterre, un act d'Elisabeth en 1575 institue les « Houses of Correction » visant « la punition des vagabonds et le soulagement des pauvres »[8]. Relancé au début du XVIIe siècle, le mythe de la contre-société criminelle inspire à un certain Ollivier Chereau son livret « Le Jargon ou Langage de l’Argot reformé », où l’auteur décrit l’« Argot », un métier de mendiant organisé en corporation, dont le nom désignera plus tard le jargon des « gueux ». Dans le même siècle, la peur de l’errant et le délitement de l’image chrétienne du pauvre souffrant aboutissent en France au « grand Renfermement » dans les Hôpitaux Généraux ; établissements voués à l’incarcération, au soin et au relèvement du niveau « moral » des pauvres. L’initiative appartient aux Villes. Ainsi l’Hôpital Général Saint-Joseph de La Grave est-il institué en 1647 à Toulouse, dans les locaux de l’Hôpital Saint-Sébastien précédemment voué aux pestiférés et réaffecté pour incarcérer les pauvres, trop nombreux à converger vers les villes. En 1656 est créé l’hôpital général de Paris. En Hollande, en Italie, en Espagne, dans le Saint Empire, sont créés des lieux d'internement. En « quelques années, c'est tout un réseau qui a été jeté sur l'Europe » (Michel Foucault).

Paradoxalement, certains bandits au XVIIIe siècle deviennent des phénomènes judiciaires et des héros de papier, alors que les bandes semblent devenir un nouveau modèle criminel, inquiètent réellement et se développent durant la Révolution et au XIXe siècle. C’est le cas de Louis Mandrin, Cartouche, ou encore Gaspard de Besse en France, et de Jack Shepard, Dick Turpin et Jonathan Wild en Angleterre. Il y a même un exemple féminin avec Marion du Faouët en Bretagne[9].

Le thème du séminaire sera traité en 2013-2014 en invitant des collègues spécialistes et en mobilisant les ressources humaines de l’EA 3400 en histoire et histoire de l’Art. La géographie (de l’Alsace à Londres en passant par Amsterdam), la période, les sources seront variées, depuis les actes de la pratique judiciaire jusqu’aux chansons populaires. Les plus concernés parmi les juges de l’époque moderne, les « prévôts des maréchaux » du roi de France, ont été une juridiction sans archives aux XVIe et XVIIe siècles, prompte à « brancher » les bandits de grand chemin sans rien laisser d’eux. Il existe heureusement d’autres sources pour instruire les historiens.

  • Premier semestre :

Ve. 27 septembre 14h 16h
Institut d’Histoire moderne salle 109
- Sébastien Jahan (MC Histoire moderne université de Poitiers, membre du GERHICO EA 4270)
« Figures de la marginalité dans le Poitou du XVIIIe siècle »

Ve. 18 octobre (annulé)
- Marion Vaillant (doctorante université Paris VIII, UMR 8533 équipe Institutions et Dynamiques Historiques de l’Economie)[1]
« Whitechapel, un repaire de bandits ? Voleurs et commerçants dans l'East End londonien à la fin du XVIIIe siècle »

Je. 24 octobre 14h 16h
MISHA, séance incluse dans les « Journées de l’EA 3400 » à destination de tous les étudiants en master et des doctorants et collègues de l’EA
- Antoine Follain (PR Histoire moderne université de Strasbourg, EA 3400)
« Présentation du programme »
- Camille Dagot(doctorante en Histoire moderne, université de Strasbourg, EA 3400)[2]
« Des coupeurs de bourses aux brigands des forêts : le vol dans la hiérarchie des crimes dans le val de Lièpvre (XVIe-XVIIe siècles) »
- Lisa Bogani (doctorante allocataire-monitrice en Histoire contemporaine, université Blaise Pascal Clermont-Ferrand 2, EA 1001 CHEC Centre d’Histoire Espaces et Cultures)[3]
« Présumé coupable. La réputation à travers les enquêtes judiciaires pour vols en Auvergne au cours du premier XIXe siècle ».

Ve. 15 novembre 10h 12h
Institut d’Histoire moderne salle 109
- Georges Bischoff (PR Histoire médiévale université de Strasbourg, EA 3400)
« Voleur de grand chemin ou chevalier brigand: l'exemple de Studenoberlin (1454) »

Ve. 22 novembre 14h 16h
Institut d’Histoire moderne salle 109
- Sarah Auspert (Aspirante F.R.S.-FNRS, Université catholique de Louvain, CHDJ Centre d'histoire du droit et de la justice, doctorante université de Louvain)[4]
« Les itinéraires féminins du vagabondage dans l’espace « belge »[5] au XVIIIe siècle »

Ve. 6 décembre 14h 16h
Institut d’Histoire moderne salle 109
- Frank Muller (PR émérite Histoire moderne université de Strasbourg, EA 3400)
« Jan van Batenburg, un brigand anabaptiste au XVIe siècle »

13 décembre14h 16h
Institut d’Histoire moderne salle 109
- Anne Corneloup (MC Histoire de l’Art université de Strasbourg, EA 3400)
« Ejemplo de vagamundos * y espejo de tacaños (du marginal exemplaire dans la peinture au Siècle d'Or) »

* Il faut bien lire ici « vagamundos », en référence au Buscon de Quevedo[6], et non pas « vagabundos ». 

 

  • Second semestre : 

Ve. 31 janvier 14h 16h
Institut d’Histoire moderne salle 109
- Valérie Toureille (MC en Histoire médiévale, HDR, université de Cergy-Pontoise, CICC EA 2429 centre de recherches sur les Civilisations et Identités Culturelles Comparées des sociétés européennes et occidentales)
« Jean lebrun ou l’archétype du grand criminel »

Ve. 21 février 14h 17h
Institut d’Histoire moderne salle 109
- Emmanuel Gérardin (doctorant Université de Strasbourg EA 3400)
« Les voleurs : des criminels impardonnables ? Le vol dans les lettres de rémission lorraines au XVIe siècle »
- Camille Dagot (doctorante Université de Strasbourg EA 3400)
« Démasquer le criminel. Les enjeux de l'identification des criminels dans la prévôté d'Arches (XVIe-XVIIe siècle) »

Ve. 14 mars 14h 16h30
Institut d’Histoire moderne salle 109
- Elisabeth Clementz (MC Histoire de l’Alsace Université de Strasbourg EA 3400)
« Les lépreux en Alsace : exclusion ou intégration ? »
- Jessica Leuck(étudiante en master Université de Strasbourg EA 3400)
« L'exclusion des syphilitiques au début du XVIe siècle ».

Ve. 11 avril 13h30 17h30
Institut d’Histoire moderne salle 109
- Eva Guillorel (MC université de Caen, UMR 6583 CRHQ)
« Noblesse et brigandage dans la Bretagne du XVIIe siècle »
- Mathilde Roellinger (institut d’Histoire de l’Art, Université de Strasbourg EA 3400)
« Vagabonds au temps des Lumières : représentations des marginaux au XVIIIe siècle »

Ve. 21 mai 14h 16h
Institut d’Histoire moderne salle 109
- Anne-Valérie Solignat (MC Histoire moderne Université de Strasbourg EA 3400)
« Retour sur la légende des Grands Jours d'Auvergne et des seigneurs auvergnats brigands et assassins »

[date et horaire à venir]
Institut d’Histoire moderne salle 109
- Nicolas Bourguinat (PR Histoire contemporaine Université de Strasbourg, directeur de l’EA 3400)
« Le brigandage romain (fin XVIIIe siècle-début XIXe siècle) »

 


Programme 2012-2013

Cinq contributions ont été présentées :

Mathieu Lecoutre (docteur université de Bourgogne, Dijon), « Le cabaret au XVIIIe siècle : un "refuge de tous les escrocs" ? »

Aracelli Guillaume-Alonso (PR d’études ibériques université Paris IV,EA 4083 Civilisations et Littératures d'Espagne et d'Amérique du Moyen-Age aux Lumières), « Bandits ou nomades? Une société en marge ? Les Gitans d'Espagne au XVIIe siècle à travers les archives de la Santa Hermandad »

Nicole Dyonet (MC honoraire université d’Orléans), « Les ancêtres de la bande d'Orgères »

BenjaminLandais (doctorant EA3400 dir. Antoine Follain), « Marginaux, révoltés ou saisonniers de la rapine ? Les multiples visages des bandits de la frontière austro-ottomane au XVIIIe siècle »

Patrice Peveri(MC Histoire moderne université Paris VIII, EA 1571 Histoire des pouvoirs, savoirs et sociétés), « Une exploitation possible des archives du démantèlement d'un milieu criminel : métiers délinquants et structure sociale du monde des voleurs dans le Paris de Louis Dominique Cartouche »

 

[1]Spécialiste en histoire du Droit et de la Justice, histoire de la criminalité, Marion Vaillant prépare une thèse sur « Le vol et les voleurs à Londres au XVIIIe siècle » sous la direction de Philippe Minard.

[2]Camille Dagot a soutenu en 2013 un mémoire de master sous la direction d’Antoine Follain : « Le voleur face à la justice lorraine. Le cas particulier du val de Lièpvre 1551-1629. Elle a obtenu une allocation doctorale et prépare une thèse sur « Le vol et les voleurs dans les Vosges aux XVIe et XVIIe siècles ».

[3] Co-lauréate en 2012 du premier prix d'histoire du XIXe siècle, attribué par le Centre d'Histoire du XIXe siècle (Paris IV) et la revue RH19 pour son master « Les rébellions dans le Puy-de-Dôme de 1811 à 1851 ». Thèse en cours : « Vols et voleurs en Auvergne au XIXe siècle : Entre "réalité" judiciaire et imaginaire populaire » sous la direction de Jean-Claude Caron.

[4]Spécialisteen histoire du Droit et de la Justice, histoire de la criminalité, histoire des femmes et du genre, histoire des migrations. Doctorante à l’Université Catholique de Louvain (UCL, Belgique) « La circulation des prostituées dans l'espace "belge" (1750-1815) » sous la direction de Xavier Rousseaux. Elle a publié entre autres avec Buveurs, voleuses, insensés et prisonniers à Namur au XVIIIe siècle. Déviance, justice et régulation sociale au temps des Lumières, Namur, Presses universitaires, 2012, 183 p., (avec Isabelle Parmentier, et Xavier Rousseaux), et « Gérer la misérable, chasser l'indésirable et maîtriser l'indomptable. Critères de choix et objectifs des sentences criminelles prononcées contre les femmes par les juges de Namur dans la seconde moitié du XVIIIe siècle », p. 309-319 in Garnot, Benoît, et Lemesle, Bruno (dir.), Autour de la sentence judiciaire du Moyen Âge à l'époque contemporaine, Dijon, EUD, 376 p.

[5] L’expression "espace belge" est ici une commodité. Les termes historiques exacts sont Pays-Bas autrichiens et Principauté de Liège (à partir de 1715 et jusqu'à la Révolution française, le territoire de l'actuelle Belgique est essentiellement partagé entre ces deux entités politiques).

[6]Historia de la vida del Buscón, llamado Don Pablos, ejemplo de vagamundos y espejo de tacaños (1603-1608 ou 1620, 1ère éd. 1626) ou en français El Buscón, la Vie de l'Aventurier Don Pablos de Ségovie,ou simplement El Buscón, roman picaresque de Francisco de Quevedo.

[7]Practique judiciaire es causes criminelles, tres utile et necessaire à tous baillisz, prevostz, seneschaux, escoutettes, maires et autres justiciers et officiers de toutes provinces, à Anvers chez Jehan Bellere, 1564, chapitre CX.

[8] Leur mise en place dans tous les comtés semble avoir été un échec. Leur succèderont les Workhouses dans la seconde moitié du XVIIIe siècle.

[9] Un autre cas du XVIIe siècle est à signaler, celui de « lady Katherine Ferrers » (v. 1634-1660), jeune orpheline puis jeune veuve, qui serait devenue bandit de grand chemin et serait décédée de ses blessures suite à un échange de coups de feu. La légende postérieure dépasse tout ce qui est historiquement vérifiable.