La Reichsuniversität de Strasbourg (1941-1944/45)


Ce programme, dirigé par Catherine Maurer, est soutenu par la Misha et le GIS Mondes Germaniques.

Ce programme articulé autour de l'université fondée à Strasbourg en 1941 par l'Allemagne nazie  se situe à la croisée de plusieurs problématiques historiques centrées sur  la notion de frontière. Il s'agit à chaque fois de frontières déplacées ou transgressées : au premier chef, de frontières nationales mouvantes, car la vocation principale des Reichsuniversitäten nazies, à Prague, Poznan et Strasbourg, était d'affirmer la suprématie intellectuelle et culturelle allemande dans des espaces nouvellement occupés ou annexés ; de frontières floues entre constitution de savoirs scientifiques, recherche de légitimation et collaboration d'experts scientifiques d'un type nouveau au système politique et administratif national-socialiste ; de frontières transgressées par l'application inhumaine ou carrément meurtrière de classifications, de mesures ou d'expérimentations médicales, à des groupes d'hommes et de femmes privés de leurs droits élémentaires. Tous ces aspects seront abordés par l'étude des pratiques scientifiques dans plusieurs instituts de la RUS, par celle des réseaux tant interdisciplinaires que scientifico-politiques, ainsi que par l'histoire du livre et des bibliothèques scientifiques. Tout le fonctionnement de la RUS était profondément conditionné par la situation de guerre : le programme s'attachera à en mesurer l'influence tant sur les acteurs (mouvements de personnels) que sur les pratiques mises en œuvre (sujets de recherche). Sur le plan des méthodes, l'étude s'inspire de celles utilisées par la commission historique de la Kaiser-Wilhelm-Gesellschaft, notamment l'étude individuelle des instituts de recherche spécialisés. L'ensemble du projet bénéficie de l'accès à de nouveaux documents, en particulier des sources archivistiques non encore exploitées et un vaste fonds de livres germanophones de la période 1920-1945 en cours de valorisation. Si le point nodal de la recherche se situe à Strasbourg, le programme s'appuie sur une comparaison raisonnée entre zones d'occupation et/ou d'annexion, entre RUS et autres universités allemandes.

Dans cette collaboration entre l'EA 3400 (équipe porteuse) et l'EA 3424-Institut de Recherches Interdisciplinaires sur les Sciences et la Technologie (IRIST), l'EA 3400 est particulièrement impliquée dans le thème de recherche « Livres et bibliothèques scientifiques dans les territoires occupés et annexés par l'Allemagne nationale-socialiste, en particulier l'Alsace entre 1941 et 1944 », piloté par Catherine Maurer. Ce projet se rattache à l'histoire du livre et des bibliothèques en Europe, mais dans le contexte spécifique d'une occupation par une puissance étrangère et totalitaire. Cette question est en effet loin d'avoir été épuisée par la recherche scientifique. Des fonds d'archives restent inexploités, de même que des collections d'ouvrages imprimés. C'est le cas du fonds d'ouvrages de la période 1920-1945 dit « nazi » déposé au SCD de l'université de Strasbourg et à la BNU, sans avoir été jusqu'à présent ni inventorié, ni catalogué, et donc relégué dans une sorte d' « enfer » non identifié des bibliothèques strasbourgeoises. Le projet poursuit la réalisation d'un inventaire raisonné de ces ouvrages, qui sera accessible grâce à une base de données informatisée. Il développe également une réflexion sur la place du livre et des bibliothèques scientifiques dans le contexte particulier des territoires occupés et annexés par l'Allemagne national-socialiste, grâce à l'organisation de plusieurs rencontres scientifiques, fondées sur les questions suivantes : les pratiques des acteurs en matière de livre et de bibliothèques scientifiques sont-elles les mêmes d'un territoire à l'autre ou au contraire divergent-elles ? La politique menée par l'occupant est-elle la même en Allemagne stricto sensu et dans les territoires occupés ? La possibilité d'un véritable développement de la connaissance appuyée sur une documentation scientifique survit-elle dans le contexte de l'Etat totalitaire, devenu qui plus est puissance d'occupation ?

Objectifs

  • Eventuellement numérisation de tout ou d'une partie des ouvrages.
  • Organisation d'une journée d'études sur la notion de collaboration scientifique dans l'Europe occupée par l'Allemagne nazie.
  • Soutien aux doctorants.

Première journée d'études: "Livres et bibliothèques scientifiques dans les territoires occupés et annexés par l'Allemagne nazie" (21 & 22 novembre 2008)