Autorité, Contrainte, Liberté

L'axe « autorité, contrainte, liberté » est également conçu comme un axe de réflexion autour d'un triptyque, en l'occurrence une tension entre l'autorité et la contrainte d'un côté, la liberté de l'autre.

Ce thème nous est apparu comme particulièrement intéressant, parce qu'il permet de renouveler l'approche historique du pouvoir. Ce qui nous a intéressés, c'est, au départ, dans le cadre d'une réflexion sur les valeurs dites « européennes », une réflexion sur la liberté : d'où vient-elle, comment s'affirme-t-elle, quel est son champ d'action, quelles sont aussi ses ambiguïtés, en quoi peut-elle être considérée (ou non) comme particulièrement représentative de la civilisation européenne ? Mais cette réflexion s'est progressivement élargie au corollaire de la liberté, son double indispensable, son contraire, l'autorité et la contrainte.

Cet axe était déjà présent dans le quadriennal en cours. Nous avons décidé de le prolonger. Ne serait-ce que parce que plusieurs des projets les plus importants que nous menons à ce sujet sont des projets de longue haleine, qu'il n'est pas possible de terminer en un quadriennal.

C'est le cas du « Dictionnaire historique de la Liberté », qui réunit les forces de toute l'unité et constituera une première dans l'historiographie. Il en va de même du « Dictionnaire historique des institutions d'Alsace ». Les institutions, cela relève de l'autorité, et d'autres projets portent sur l'exercice de celle-ci. La fiscalité est un enjeu essentiel des relations entre l'autorité d'un côté, la liberté, ou en tout cas une certaine forme de liberté, celle d'essayer d'échapper à ce qui est souvent perçu comme un pouvoir abusif, d'un autre côté.

Le projet « Propagande, prosélytisme, vulgarisation » était déjà présent dans l'actuel quadriennal, et aura donné lieu à l'organisation de journées d'études en 2010, 2011 et 2012. Il porte en particulier sur le statut double et ambigu du concept de propagande, instrument d'analyse utile en histoire politique, mais aussi injure destinée à délégitimer un discours adverse. Il s'agit d'aller plus loin, d'éclairer l'émergence de cette notion dans la tradition de la Begriffsgeschichte et de mettre à la disposition des historiens un outil qui contribue à un dialogue fructueux au-delà des périodes et des champs différents.

L'histoire de l'art est fortement liée à la propagande, qui passe souvent par les images, comme le montrent des projets sur les images dissidentes ou la propagande religieuse. Un autre projet portera sur la propagande, et plus précisément sur l'utilisation des arts graphiques à des fins de propagande au cours de la première guerre mondiale.

La guerre est une autre donnée fondamentale dans le cadre de cette dialectique autorité/liberté. Parce que, au XXe siècle, elle mobilise toutes les ressources d'une nation, y compris les ressources humaines ou spirituelles, elle impose des contraintes renouvelées à ceux qui éprouvent des difficultés à partager les valeurs ou cultures communes de la nation, au premier rang desquels se trouvent les minorités, ethniques, linguistiques, religieuses ou autres.

Il serait réducteur de ne voir dans la religion chrétienne qu'une institution d'autorité. Cependant, l'Église catholique en particulier a veillé depuis bien longtemps à exercer une autorité réelle sur ses fidèles. L'encadrement des fidèles est d'ailleurs une de ses préoccupations constante, et cet encadrement était d'autant plus subtil qu'il s'accompagnait souvent d'une marge de liberté pourtant étroitement contrôlée.  La question était encore plus forte dans le monde clos du monastère.

La santé représente depuis longtemps un important enjeu pour les autorités. Entre indifférence, prévention, guérison et éloignement, les attitudes peuvent être variées, et on sait qu'on considère aujourd'hui les sociétés européennes, depuis les derniers siècles du Moyen Âge et jusqu'au XXe siècle, comme des sociétés d'exclusion, et donc d'exercice de contraintes rétrécissant les libertés des malades.