Opération « Thesmophores » 2008-2010

Une Société agronomique au XVIIIe siècle. Les Thesmophores de Blaison en Anjou, Dijon, EUD, VI-281 p. Préface par Daniel Roche, professeur au Collège de France.

Ouvrage réalisé et édité avec l'UMR Georges Chevrier de l'Université de Bourgogne, de l'Association Pierre de Saint Jacob et du Conseil Scientifique de l'Université de Strasbourg :

« L'économie rurale est le premier objet de la société des Thesmophories, qui se permet aussi quelquefois de jeter des regards sur tout ce qui peut coopérer au Bien public. C'est de la discussion que naît la Lumière et la Vérité, et c'est de cette manière que la société veut s'instruire... »

Tel était le projet de personnes « que l'amitié rassembla tous les mois » pour former une société savante établie à Blaison en Anjou et nommée « des Thesmophories » par référence à des fêtes agraires antiques. La société fonctionna peu de temps, mais intensément, laissant deux programmes annuels faits de questions « adressées au public » et des réponses que les « Thesmophores » donnèrent eux-mêmes, faute de trouver les correspondants « plus savants qu'eux ». Seul exemple d'une société agronomique non royale dont des archives sont parvenues jusqu'à nous, la société de Blaison amusa l'archiviste du XIXe siècle qui en recueillit les papiers. Mais le regard des historiens a changé : au croisement de la « petite histoire », très locale, et de la « grande histoire », les modestes « Thesmophores » représentent en effet tout l'esprit du « Siècle des Lumières ». Leur société illustre la pénétration des nouvelles sciences, comme l'agronomie et l'économie, ainsi que la maîtrise des nouvelles méthodes, comme l'expérimentation et la statistique. Bien informés de ce qu'il fallait penser pour être dans l'air du temps, les « Thesmophores » eurent aussi leurs propres idées, comme le refus de sacrifier « quantité de petites familles qui vivent dans une heureuse médiocrité » au profit du développement de la « grande exploitation ». Sans mépris envers les paysans, ils surent au contraire les interroger sur leur pratique et recueillirent d'étonnants calculs qui démontrent que des paysans savaient prendre certains risques et perdre sur plusieurs récoltes pour gagner beaucoup certaines fois.

Ce livre a une autre dimension puisqu'il comprend l'édition intégrale du corpus, à savoir tous les mémoires rédigés par les « Thesmophores », avec des réflexions générales sur la manière d'éditer. La question est ici particulièrement importante puisque nous avons outrepassé les recommandations ordinaires, dont le respect nous aurait fait perdre des informations.

A partir de ce corpus, le livre essaie de répondre aux besoins des étudiants qui pourraient se lancer dans un master et qui sont mis au pied du mur vers la fin de leur licence. « Qu'est-ce que faire de la recherche en histoire ? », « Que faire des documents qui m'ont été indiqués par mon directeur de recherche ? il m'assure qu'il y a un beau travail à faire, mais je ne sais pas quoi faire avec. » Or les archives des « Thesmophores » sont passées par là puisqu'elles ont été remises à un étudiant qui n'a jamais compris quoi faire avec. La réponse au double échec, celui de l'étudiant et celui du directeur de recherche, est donc toute entière dans ce livre. La dimension pédagogique est expliquée dans l'introduction, avec un mode d'emploi du corpus et des articles. En raison des auteurs qui ont été mobilisés pour former une équipe, et des assurances prises encore auprès d'une vingtaine de collègues consultés comme experts, le résultat final dépasse de beaucoup ce qu'un étudiant aurait pu faire lui-même. Il n'empêche que chacun des articles démontre quoi faire avec un document qui est déroutant au départ, mais presque tout éclairé à la fin. Presque, seulement, car nous avons fait exprès de ne pas traiter tous les questionnements. Nous avons particulièrement veillé aux renvois de chacun des articles au corpus. Deux étudiantes en master ont aussi été associés à l'écriture de deux des articles, et 90 étudiants en licence ont été impliqués dans l'ensemble du projet qui a été réalisé avec eux sur deux années universitaires. Au-delà des spécialistes de l'histoire culturelle, sociale et économique, qui sont immédiatement concernés par l'aspect scientifique du travail de notre équipe, ce livre est fait pour intéresser tous nos collègues et leurs étudiants.

Ce livre collectif réunit des contributions de Serge Bianchi, professeur émérite de l'université de Rennes II ; Jean-Michel Dérex, historien indépendant Habilité à Diriger des Recherches ; Carole Fleith-Schweiger, étudiante en master à l'UHA, université de Haute-Alsace ; Antoine Follain, professeur des universités à l'UDS, université de Strasbourg ; Jean-Louis Guitteny, historien angevin ; Fabien Knittel, docteur de l'université de Nancy 2, chargé de cours à l'Ecole Nationale Supérieur d'Agronomie et des Industries Alimentaires de Nancy ; Brigitte Maillard, professeur émérite de l'université de Tours ; Teona Mekechvili, étudiante en master à l'UDS ; Benoît Musset, maître de conférences à l'université du Maine ; et Clément Trénit, maître en histoire de l'université d'Angers.

Il a bénéficié de la collaboration d'une vingtaine de collègues issus d'autant d'universités et institutions, spécialisés en divers domaines, comme Pierre-Yves Beaurepaire, professeur des universités, spécialiste de la franc-maçonnerie (cf. la section « Des naïfs approchés par des francs-maçons ? »), ou Gérard Béaur, directeur de recherche au CNRS et dircteur du GDR « Groupe de Recherche pour l'Histoire économique et sociale des campagnes ».

Enfin ont été associés à la publication Laurie Balthazar, Marie Bauer, Kim Bernardt, Odile Birgy, Céline Brichler, Lucile Brulez, Antoine Chabod, Patrice Clavier, Julien Crevoisier, Kevin Delebecque, Marc Eyermann, Thibault Freby, Angélique Fritsch, Zoé Fugler, Cécile Fumeron, Sophie Gagelin, Audrey Gangloff, Céla Garcia-Montero, Hélène Garsot, Coline Gauthier, Thibault Gelly, Julien Geltzenlichter, Miriana Gérard, Laurent Gisonna, Nicolas Grabner, Margot Grayer, Laurent Griesmar, Ophélie Groshans, Erwan Guyader, Camille Heckmann, Noémie Hetzel, Elise Hohlweg, Valentine Jeudy, Julie Joho, Stéphanie Keller, Noémie Kienlen, Elsa Koell, Pauline Koessler, Manuel Krommenacker, Lara Kubler, Gilles Laplace, Antoine Laurent, Claire Laurenzio, Alexandra Lemer, Alexandra L'Hôte, Bernard Lime, Lionel Luttenbacher, Andrew Maas, Thibault Marczak, Alexandre Mathonnet, Flavien Maubouché, Laura Mawete, Cécile Meniel, Olivier Monnier, Maelle Mosser, Véronique Muller, Alexandre Ochem, Julien Patris, Anne-Sophie Peyret, Paule Pflieger, Manon Reitzer, Emmanuelle Resch, Angéla Révéane, Axelle Richard, Thomas Salvodelli, Sam Sotheary, Thomas Schuller, Virginie Schultz, Kostas Sfakianakis, Charlotte Simon, Arnaud Thiry, Jean Thomann, Hélène Vergnon, Aurélie Videault, Pauline Vilain-Ehret, Virginie Vinti, Mélina Wehbe, Dorothée Weitel, Julia Wencker, Sarah Westerfeld, Justine Weyl, Marine Wilhelm, Charlotte Wolff, Camille Wormser, et Natacha Zeiger, étudiants en 2e année de licence d'histoire à l'UDS, université de Strasbourg, en 2008-2009 et 2009-2010.

SOCIABILITE PAYSANNE ET AGRONOMIE SENSIBLE : LES THESMOPHORES DE BLAISON, Daniel Roche