Le rôle des serments dans les villes du Bas Moyen Âge

Programme dirigé par Laurence Buchholzer et Olivier Richard

 

Tout au long du Moyen Âge, le serment fonde le pouvoir, l'autorité et le lien social. C'est un outil souple, multifonctionnel, qui s'accompagne à la fois de rituels et d'écrits de référence.

L'historiographie, du XVIIIe siècle aux années 1960 a volontiers souligné la dimension « révolutionnaire » du serment collectif urbain. La conjuration communale est habituellement présentée comme un renversement de l'autorité seigneuriale établie, une étape décisive dans la fondation d'une communauté et un premier pas vers une émancipation politique urbaine.  Mais toute une école historique voit dans la conjuration un mythe historiographique européen et récuse son rôle dans la formation des communautés urbaines. Faute de nouvelles études comparatives sur les sources relatives aux premières communautés urbaines, la question est pour l'instant en suspens.

Un axe d'étude sur le serment et les villes pourrait consister à reprendre cette histoire inachevée. Cela suppose dans un premier temps une enquête historiographique aux origines des deux écoles historiques. Quelle vision avait-on du serment communal aux XVIIIe-XXe siècles ?

Il s'agit aussi de remonter aux origines des communautés urbaines afin d'y recenser systématiquement les occurrences du serment dans les sources (chartes, sources narratives, chroniques...). En parallèle à ce travail lexicologique, l'un des buts visés est l'édition et la confrontation des premiers textes de serments communautaires connus dans les villes européennes.

Dès lors qu'elles portent sur le bas Moyen Âge, les études urbaines délaissent habituellement l'interrogation sur le serment et son rôle dans la structuration des sociétés urbaines. On considère en effet qu'à l'époque, le temps des communes et de leur serment est révolu, à l'exception notable de quelques villes d'Allemagne du Sud qui rejoueraient le serment initial lors de jours de serment collectif (Strasbourg, Ulm, Lucerne, Schwäbisch Hall...). Au temps du serment communal succèderait celui de l'autorité quasi souveraine des Conseils urbains sur le reste de la bourgeoisie ou encore de l'autorité princière et royale. Actuellement, les seuls travaux qui considèrent les serments urbains des XIVe-XVIe siècles se consacrent à la communication politique, à la mise en scène des pouvoirs et aux formes rituelles d'affirmation de l'autorité.