Notices VOCES

Notes introductives

Les entrées suivies de *, ajoutées après la version de l’été 2015, ont été validées par le Comité scientifique de VOCES.

Les concepts et notions ayant trait aux études sur les scripturalités dans l’histoire ont été formulés par leur auteur dans les principales langues européennes. Nous précisons toujours à côté du terme ou de l’expression qui fait l’objet d’un article quelle en est la langue en suivant la codification suivante :

(de) : allemand — (en) : anglais — (es) : espagnol — (fr) : français — (it) : italien — (la) : latin

VOCES - VOCabulaire pour l'Etude des Scripturalités médiévales

Auteur : Thomas BRUNNER

Encodé par : Guillaume PORTE

Publication : EA3400 - ARCHE
Palais Universitaire, BP 90020, F-67084 Strasbourg Cedex

Origine : document XML original

acte d’écriture (fr)

Théorie pragmatique (au sens disciplinaire du terme) qui considère que l’acte écrit n’est pas une simple scription de l’acte de parole mais a une valeur performative propre. L’acte d’écriture se distingue de l’acte de parole non seulement parce qu’il est un « acte graphique », avec sa propre matérialité, mais également par la profondeur temporelle qui lui est propre puisqu’après la rédaction initiale, le document textuel peut être lu, relu et réutilisé.

Bibliographie

  • FRAENKEL (Béatrice), « Actes d’écriture : quand écrire c’est faire », Langage et société, 121-122, 2007, p. 101-112.
  • FRAENKEL (Béatrice), « Actes écrits, actes oraux : la performativité à l’épreuve de l’écriture », Etudes de communication, 29, 2006, p. 69-93.   [[en ligne]]
  • ANHEIM (Etienne) et CHASTANG (Pierre), « Les pratiques de l’écrit dans les sociétés médiévales (VIe-XIIIe siècles) », Médiévales, 56, 2009, p. 5-10.

affective literacies (en)

Ensemble des effets de la pratique de la lecture et de l’écriture sur les comportements individuels et sociaux. Sont pris en compte les attitudes, les gestes tout comme les façons de se comporter qui découlent de ces pratiques et cristallisent des identités ou influencent les rapports entre groupes sociaux. Le pluriel est ici fondamental pour marquer le caractère non univoque et très circonstancié de ces impacts de la literacy.

Bibliographie

  • AMSLER (Mark), Affective Literacies. Writing and multilingualism in the Late Middle Ages, Turnhout, 2011 (Late Medieval and Early Modern Studies, 19).

alfabeti dell’uso (it)

Individus capables de lire et d’écrire (lecteurs et scripteurs), y compris en rédigeant des productions originales, mais qui n’ont pas la culture lettrée des colti.

Bibliographie

  • PETRUCCI (Armando), Prima lezione di paleografia, Rome / Bari, 2002 (Universale Laterza, 811), p. 20-21.

alfabeti professionali (it)

Individus formés pour produire certains genres textuels, que ce soit en latin ou en langue vernaculaire. Praticiens d’une langue et d’un écrit particulier plus ou moins stéréotypés (celui d’une forme de professional literacy), ils ne sont pas nécessairement aptes à produire d’autres types de textes, notamment de leur propre composition.

Bibliographie

  • PETRUCCI (Armando), Prima lezione di paleografia, Rome / Bari, 2002 (Universale Laterza, 811), p. 20-21.

alfabetismo (it)

Capacité à lire et à écrire. C’est le terme italien qui équivaut à l’usage que nous faisons ici de littéracie.

Bibliographie

  • ADAMSKA (Anna), « The Study of Medieval Literacy : Old sources, new ideas », dans The development of literate mentalities, p. 16-17.
  • Alfabetismo e Cultura Scritta nella storia della società italiana, Atti del Seminario tenutosi a Perugia il 29-30 marzo 1977, Armando Petrucci et Attilio Bartoli Langeli, éd., Pérouse, 1978.

équivalent dans une autre langue

littéracie (fr)

literacy (en)

allographétique (fr)

En paléographie, renvoie aux différents types possibles de réalisation d’une même lettre de l’alphabet latin (comme les S longs et les S courbes).

Bibliographie

  • STUTZMANN (Dominique), « Paléographie statistique pour décrire, identifier, dater… Normaliser pour coopérer et aller plus loin ? », dans Kodikologie und Paläographie im digitalen Zeitalter 2, Franz FISCHER, Christiane FRITZE et George VOGELER, éd., Norderstedt, 2010 (Schriften des Instituts für Dokumentologie und Editorik, 3), p. 249-251.

alphabète (fr)

Néologisme désignant quelqu’un qui a été alphabétisé, contrairement à l’analphabète (analfabeti), mais qui n’a pas nécessairement la culture livresque du lettré (colti). Il existe par conséquent tout un éventail d’alphabètes : le lecteur phonétique tout comme le scripteur faible en font déjà partie.

Bibliographie

  • DERVILLE (Alain), « L’alphabétisation du peuple à la fin du Moyen Âge », dans Liber Amicorum, Mélanges offerts à Louis Trénard, Revue du Nord, 66, 1984, p. 767.

analfabeti (it)

Groupe des personnes n’ayant aucune compétence scripturale (ils ne sont ni lecteurs, ni scripteurs). Tous les analphabètes ne sont cependant pas étrangers à la scripturalité grâce aux médiations qu’offrent les formes de quasi-litteracie. Les analphabètes ayant une pure mentalité d’illiterate ne se rencontrent plus guère dans l’Occident latin après la « révolution de l’écrit » des XIIe-XIIIe siècles, avec de fortes nuances selon les régions. Dans les villes de Flandre, les analphabètes semi-illiterate devaient former le gros de la population urbaine.

Bibliographie

  • PETRUCCI (Armando), Prima lezione di paleografia, Rome / Bari, 2002 (Universale Laterza, 811), p. 20-21.

équivalent dans une autre langue

analphabètes (fr)

aurality (en)

Forme de réception de l’écrit opérée par l’ouïe ; transmission de l’écrit par le biais de la bouche à l’oreille, qui ne requiert pas l’intermédiaire de l’œil pour l’auditeur.

Bibliographie

  • COLEMAN (Joyce), Public reading and the reading public in Late Medieval England and France, Cambridge, 1996, p. 27-32, 228.

bimodality (en)

Forme de réception de l’écrit opérée dans le cadre d’une lecture publique. C’est la modalité de réception de l’écrit la plus courante au Moyen Âge, notamment pour la lecture des textes littéraires. La bimodality combine la dividuality avec l’aurality.

Bibliographie

  • COLEMAN (Joyce), Public reading and the reading public in Late Medieval England and France, Cambridge, 1996, p. 41, 228.

colti (it)

Groupe des individus ayant à la fois toutes les compétences scripturales (depuis la lecture de textes latins jusqu’à la production de tels textes dans divers registres) et l’accès à une culture lettrée. Sur ce dernier point, ils partagent la même culture livresque que les quasi litterati culturels.

Bibliographie

  • PETRUCCI (Armando), Prima lezione di paleografia, Rome / Bari, 2002 (Universale Laterza, 811), p. 20-21.

équivalent dans une autre langue

lettrés (fr)

litterati (la)

communautés textuelles (fr)

Une communauté textuelle est une groupe formé autour d’une interprétation de l’Ecriture. Le groupe comprend au moins un lettré, en mesure de lire les textes et de les interpréter et des individus qui partagent son analyse qui leur est parvenue par la parole du maître. Au sens premier, l’expression renvoie à des groupes hétérodoxes ou hérétiques.

Bibliographie

  • STOCK (Brian), The Implications of Literacy : written language and models of interpretation in the eleventh and twelfth centuries, Princeton, 1983, p. 88-240.

équivalent dans une autre langue

textual communities (en)

comprehension literacy (en)

Dennis Green a usé cette expression anglaise pour rendre le français « alphabétisation de compréhension » utilisé par Paul Saenger, mais qui n'est malheureusement guère explicite.

La comprehension literacy désigne un degré de compétence dans la lecture atteint par le lecteur comprenant, qui est en mesure de déchiffrer et de comprendre un texte dont le contenu lui était auparavant inconnu.

Bibliographie

  • SAENGER (Paul), « Prier de bouche et prier de cœur. Les livres d’heures du manuscrit à l’imprimé », dans Les usages de l’imprimé (XVe-XIXe siècle), Roger CHARTIER, dir., Paris, 1987, p. 192-193.
  • GREEN (Dennis H.), Medieval listening and reading. The primary reception of German literature 800-1300, Cambridge, 1994, p. 328.

équivalent dans une autre langue

alphabétisation de compréhension (fr)

continuum oral-écrit (fr)

Vision des formes de communication qui, plutôt que d’opposer oralité et scripturalité, les intègre dans l’ensemble des formes de communication polarisé d’une part par l’oral pur, d’autre part par le pur écrit. Les formes mixtes sont ainsi privilégiées.

Bibliographie

  • Along the Oral-Written Continuum. Types of Texts, Relations and their Implications, Slavika RANKOVIĆ, Leidulf MELVE, Else MUNDAL, éd., Turnhout, 2010 (USML, 20).

équivalent dans une autre langue

Oral-Written Continuum (en)

craft literacy (en)

Pratique d’écriture des professionnels de l’écrit. C’est un équivalent chez Dennis Green de la professional literacy de Malcolm Parkes.

Bibliographie

  • GREEN (Dennis H.), Medieval listening and reading. The primary reception of German literature 800-1300, Cambridge, 1994, p. 328.

cultivated literacy (en)

Scripturalité lettrée pratiquée par des personnes ayant l’ensemble des compétences scripturaires mais qui ne sont pas des professionnels de l’écrit ou du savoir. Ces pratiques souvent récréatives ou non officielles se retrouvent dans certaines couches supérieures de la société : parmi les laïcs du XIIIe siècle, Louis IX s’y adonna, ainsi qu’à un autre niveau, les auteurs de dits arrageois.

Bibliographie

  • PARKES (Malcolm B.), « The literacy of the laity » (1ère éd. 1973), dans Id., Scribes, Scripts and Readers. Studies in the communication, presentation and dissemination of medieval texts, Londres / Rio Grande, 1991, p. 275.

culture de l’écrit (fr)

Un des aspects de la scripturalité, même si l’expression est presque synonyme du terme. La culture de l’écrit s’entend soit de manière absolue (comme l’ensemble des pratiques scripturaires et des productions écrites [Schriftwesen] d’un groupe ou d’une société) soit dans un sens relatif (comme l’état d’une société dont le fonctionnement repose ou s’appuie sur les usages de l’écrit).

Serge Lusignan avait proposé en 1992 le néologisme « littérarité » dans cette acception, mais la tentative est restée sans postérité.

Bibliographie

  • GUREVICH (Aron Y.), « Oral and written culture of the Middle Ages : two “peasant visions” of the late twelfth-early thirteenth centuries. », New Literary History, 16/1, 1984, p. 51-66.
  • MOSTERT (Marco), « The early history of written culture in the Northern Netherlands », dans Along the Oral-Written Continuum. Types of Texts, Relations and their Implications, Slavika RANKOVIĆ, Leidulf MELVE, Else MUNDAL, éd., Turnhout, 2010 (USML, 20), p. 449-487.
  • Pragmatische Dimensionen mittelalterlicher Schriftkultur (Akten des Internationalen Kolloquiums 26.-29. Mai 1999), Christel MEIER, Volker HONEMANN, Hagen KELLER et Rudolf SUNTRUP, éd., Munich, 2002 (MMS, 79).

équivalent dans une autre langue

Schriftkultur (de)

written culture (en)

Diskurstradition (de)

Bibliographie

  • GLESSGEN (Martin-Dietrich), « Diskurstraditionen zwischen pragmatischen Vorgaben und sprachlichen Varietäten », dans Historische Pragmatik und historische Varietätenlinguistik in den romanischen Sprachen, Angela SCHROTT et Harald VÖLKER, éd., Göttingen, 2005, p. 207-228.
  • KOCH (Peter), « 10. Romanische Sprachgeschichte und Varietätenlinguistik », dans Romanische Sprachgeschichte / Histoire linguistique de la Romania. Ein internationales Handbuch zur Geschichte der romanischen Sprachen, Gerhardt ERNST, Martin-Dietrich GLESSGEN, Christian SCHMITT et Wolfgang SCHWEICKARD, éd., 1. Teilband, Berlin / New York, 2003 (Handbücher zur Sprach- und Kommunikationswissenschaft, 23, 1), p. 102-124.
  • KOCH (Peter) et OESTERREICHER (Wulf), « Sprache der Nähe – Sprache der Distanz. Mündlichkeit und Schriftlichkeit im Spannungsfeld von Sprachtheorie und Sprachgeschichte », Romanistiches Jahrbuch, 36, 1985, p. 15-43.

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tradition discursive (fr)

dividuality (en)

Forme de réception de l’écrit opérée dans le cadre d’une lecture privée soit silencieuse, soit à haute voix.

Bibliographie

  • COLEMAN (Joyce), Public reading and the reading public in Late Medieval England and France, Cambridge, 1996, p. 41, 228.

écrit d’accomplissement (fr)

Ecrit pragmatique ayant valeur en soi, se suffisant à lui-même. L’écrit d’accomplissement a donc une valeur performative.

Bibliographie

  • BARTHELEMY (Dominique), La mutation de l’an mil a-t-elle eu lieu ? Servage et chevalerie dans la France des Xe et XIe siècles, Paris, 1997, p. 32-33.

écrit mémorial (fr)

Ecrit, le plus souvent pragmatique, dont la fonction consiste à rappeler un acte performatif, parole et/ou geste. L’écrit est ici second et commémoratif.

Bibliographie

  • BARTHELEMY (Dominique), La mutation de l’an mil a-t-elle eu lieu ? Servage et chevalerie dans la France des Xe et XIe siècles, Paris, 1997, p. 32-33.

écrits du quotidien (fr)

Catégorie d’écrits pragmatiques (au sens large) qui est la plus ancrée dans la vie de tous les jours. Ce sont les documents à finalité privée, non-officiels et normalement voués à une rapide disparition après usage. En cela, ils relèvent d'une ephemeral literacy.

Bibliographie

  • BERTRAND (Paul), « L’écrit du quotidien au bas Moyen Âge ou le “degré zéro” de la diplomatique », dans Le manuscrit dans tous ses états, cycle thématique 2005-2006 de l’IRHT, Sonia FELLOUS, Caroline HEID, Marie-Hélène JULLIEN et Thierry BUQUET, éd., Paris, 2006, p. 1.   [[en ligne]]

écriture circulaire (fr)

Désignation appliquée aux légendes des monnaies et des sceaux voire d’autres objets. L’écriture circulaire partage une même finalité avec l’écriture exposée : c’est un écrit destiné à être vu. Elle s’en différencie toutefois par sa disposition le plus souvent suivant une ligne courbe et par sa petite voire très taille. De fait, ce type d’écriture n’est pas forcément visible collectivement par un large public. L’écriture circulaire doit être considérée en rapport avec les éléments graphiques qu’elle encadre ce qui pose la question de sa réception. Michel Pastoureau se demande s’il s’agit vraiment d’une écriture à lire.

Bibliographie

  • PASTOUREAU (Michel), « Un texte-image : l’écriture circulaire  », dans ID., Couleurs, images, symboles. Etudes d’histoire et d’anthropologie, Paris, 1989, p. 125-137.

écriture exposée (fr)

Façon de désigner certaines inscriptions lapidaires. Certains types d’écrit, comme les inscriptions monumentales, sont destinés à être vu par un large public. Dans une société où l’analphabétisme est encore dominant, elles n’ont pas pour seule finalité d’être lues, mais peuvent remplir des fonctions plus symboliques d’affirmation esthétique d’un pouvoir.

Bibliographie

  • PETRUCCI (Armando), « Potere, spazi urbani, scritture esposte  : proposte ed esempi », dans Culture et idéologie dans la genèse de l’Etat moderne. Actes de la table ronde organisée par le CNRS et l’EFR (Rome, 15-17 octobre 1984), Rome, 1985 (Collection de l’EFR, 82), p. 87.

équivalent dans une autre langue

scrittura esposta (it)

endoliteracy (en)

Notion proposée par Joyce Coleman pour ne pas opposer orality et literacy, mais considérer l’impact de la lecture sur l’état d’esprit du lecteur et/ou de l’auditeur par rapport au texte lu et/ou entendu. On pourrait à cet égard y voir une forme d’affective literacy. Opposée à l’exoliteracy, l’endoliteracy se caractérise par des formes de lecture et de pensée, qui induisent une séparation entre soi et son environnement. L’esprit se tourne vers l’abstraction ou se plonge vers le passé.

Bibliographie

  • COLEMAN (Joyce), Public reading and the reading public in Late Medieval England and France, Cambridge, 1996, p. 42-48, 228.

ephemeral literacy (en)

Avec les écrits du quotidien, l’on se trouve face à des documents qui dès leur élaboration étaient voués à la disparition, une fois remplie leur finalité première. Cette dimension s’est révélée aux médiévistes suite à la mise au jour archéologique de documents sur support périssables qui avaient été jetés après usage par les hommes du Moyen Âge, comme les baguettes runiques norvégiennes et les écorces de bouleau novgorodiennes. La variété des contenus de ces documents a récemment amené les spécialistes à mettre en avant leur seul point commun, qui réside dans une dimension temporelle particulière à ce type d’écrit : celle de l’éphémérité.

Bibliographie

  • SCHULTE (Michael), « Pragmatic runic literacy in Scandinavia c. 800-1300 : With a particular focus on the Bryggen material », dans Epigraphic literacy and Christian identity. Modes of written discourse in the newly Christian European North, Kristel ZILMER et Judith JESCH, éd., Turnhout, 2012 (USML, 4), p. 155-156.
  • SCHAEKEN (Jos), « The birchbark documents in time and space – Revisited », ibid., p. 202-208.

équivalent dans une autre langue

scripturalité éphémère (fr)

ethnographic turn (en)

Tournant méthodologique ayant abouti à un changement de paradigme dans les études sur la literacy. Initié dans le monde anglo-saxon à la fin des années 1970 et du début des années 1980 par des ethnologues comme Brian Street ou l'Ecole de Manchester, il a permis de passer d'une conception idéologique de la scripturalité à une conceptionethnographique qui s'illustre depuis lors dans les New Literacy Studies,

Bibliographie

  • STREET (Brian V.), Literacy in theory and practice, Cambridge, 1984, p. 44-65.
  • STREET (Brian V.), « 18. Ethnography of writing and reading », dans The Cambridge Handbook of Literacy, David R. OLSON et Nancy TORRANCE, dir., Cambridge, 2009, p. 329-345.

équivalent dans une autre langue

tournant ethnographique (fr)

ethnographique (conception de la scripturalité) (fr)

Conception de la scripturalité qui, suite à l’ethnographic turn, a défendu une vision plus ouverte que celle du grand partage, qualifiée après coup d’idéologique. L’écrit n’est plus considéré comme ayant des vertus universelles produisant les mêmes effets partout, mais comme très divers dans ses formes et ses usages, en fonction des contextes aussi bien à l’échelle des sociétés dans leur ensemble que des groupes à l’intérieur de ces sociétés. Elle s’est déployée dans les NLS et a ouvert la voie aux études catégorielles sur les pratiques de l’écrit.

Bibliographie

  • STREET (Brian V.), Literacy in theory and practice, Cambridge, 1984, p. 44-65.
  • STREET (Brian V.), « 18. Ethnography of writing and reading », dans The Cambridge Handbook of Literacy, David R. OLSON et Nancy TORRANCE, dir., Cambridge, 2009, p. 329-345.

exoliteracy (en)

Notion proposée par Joyce Coleman pour ne pas opposer orality et literacy, mais considérer l’impact de la lecture sur l’état d’esprit du lecteur et/ou de l’auditeur par rapport au texte lu et/ou entendu. On pourrait à cet égard y voir une forme d’affective literacy. Opposée à l’endoliteracy, l’exoliteracy consiste en des formes de lecture et de pensée manifestant une assimilation de soi et de son environnement avec une plongée dans le concret et une « homéostatisation » (sic) du passé.

Bibliographie

  • COLEMAN (Joyce), Public reading and the reading public in Late Medieval England and France, Cambridge, 1996, p. p. 42-48, 229.

grand partage (théorie du) (fr)

Conception d’inspiration structuraliste selon laquelle oralité et scripturalité constituent non seulement deux modalités de communication radicalement distinctes mais également deux états psychologiques et anthropologiques des sociétés humaines. Cette conception de la scripturalité est à la base de la vision idéologique et de la strong theory, respectivement opposées aux remises en cause que constituent la vision ethnographique des NLS et la weak theory.

Bibliographie

  • FINNEGAN (Ruth), « Literacy versus Non-Literacy : The Great Divide ? Some comments on the significance of “Literature” in non-literate cultures », dans Modes of Thought. Essays on thinking in Western and Non-Western societies, Robin HORTON et Ruth FINNEGAN, éd., Londres, 1973, p. 112-144.
  • GOODY (Jack), La raison graphique : la domestication de la pensée sauvage, Paris, 1978, p. 245-267 (éd. ang. : The domestication of the savage mind, Cambridge, 1977, p. 146 sq.).

équivalent dans une autre langue

Great Divide (the) (en)

graphématique (fr)

En linguistique, renvoie à l’étude des graphèmes et de leur relation avec les phonèmes. Dans une langue écrite soumise à une forte variance comme l’ancien français, la graphématique permet d’observer les éléments marqués dialectalement ou à l’inverse neutres de la scripta. On rencontre également le terme graphémique, mais nous le réservons ici à son usage paléographique pour éviter toute confusion.

Bibliographie

  • GLESSGEN (Martin-Dietrich), « Les lieux d’écriture dans les chartes lorraines du XIIIe siècle », Revue de Linguistique Romane, 72, juillet-décembre 2008, p. 413-540.
  • GOEBL (Hans), « Sur le changement macrolinguistique survenu entre 1300 et 1900 dans le domaine d’oïl. Une étude diachronique d’inspiration dialectométrique », Dialectologia. Revista electrónica, 1, 2008, p. 3-41.   [[en ligne]]

graphémique (fr)

En paléographie, une transcription graphémique rend compte du découpage des mots effectués par le scribe et non des formes régularisées (par exemple dans l’agglomération entre une préposition et un article).

Bibliographie

  • STUTZMANN (Dominique), « Paléographie statistique pour décrire, identifier, dater… Normaliser pour coopérer et aller plus loin ? », dans Kodikologie und Paläographie im digitalen Zeitalter 2, Franz FISCHER, Christiane FRITZE et George VOGELER, éd., Norderstedt, 2010 (Schriften des Instituts für Dokumentologie und Editorik, 3), p. 249-251.

Great Divide (the) (en)

Bibliographie

  • FINNEGAN (Ruth), « Literacy versus Non-Literacy : The Great Divide ? Some comments on the significance of “Literature” in non-literate cultures », dans Modes of Thought. Essays on thinking in Western and Non-Western societies, Robin HORTON et Ruth FINNEGAN, éd., Londres, 1973, p. 112-144.
  • GOODY (Jack), The domestication of the savage mind, Cambridge, 1977, p. 146 sq.).

équivalent dans une autre langue

théorie du grand partage (fr)

Great Dichotomy (J. Goody) (en)

hyperliteracy (en)

Terme que l’on rencontre dans deux acceptions :

a) Dans la théorie des affective literacies, le terme désigne une sorte de scripturalité augmentée, à la manière des hypertextes informatiques, c’est-à-dire un écrit perçu en interaction non seulement avec d’autres écrits, mais également avec les comportements sociaux.

b) Dans les sciences de l’Antiquité, le terme renvoie aux usages lettrés, aux aspects les plus culturels et les plus littéraires de la scripturalité, à l’image des pratiques d’un Cicéron ou d’un saint Jérôme dans le monde chrétien.

Bibliographie

  • a) AMSLER (Mark), Affective Literacies. Writing and multilingualism in the Late Middle Ages, Turnhout, 2011 (Late Medieval and Early Modern Studies, 19), p. XXIII, 1-46.
  • b) WHITE (Peter), « Bookshops in the literary culture of Rome », dans Ancient literacies. The culture of reading in Greece and Rome, William A. JOHNSON et Holt N. PARKER, éd., Oxford, 2009, p. 268-286.

idéologique (conception de la scripturalité) (fr)

Vision de la scripturalité à caractère universalisant, qui considère que l’écrit a des vertus intrinsèques produisant les mêmes effets en tout temps et en tout lieu. Selon ses détracteurs, elle se retrouve dans la théorie du grand partage.

Bibliographie

  • STREET (Brian V.), Literacy in theory and practice, Cambridge, 1984, p. 95-128.
  • STREET (Brian V.), « 18. Ethnography of writing and reading », dans The Cambridge Handbook of Literacy, David R. OLSON et Nancy TORRANCE, dir., Cambridge, 2009, p. 329-345.

illiteracy (en)

Absence totale de recours à l'écrit dans un groupe ou une société donnée. Cette « non-pratique de l'écrit », qu'on pourrait peut-être rendre par un néologisme tel que « ascripturalité », ne doit pas être confondue avec les autres moyens de communication sociale qui peuvent être utilisé concurremment ou complémentairement à l'écrit comme l'oralité. Par définition, l'illiteracy se situe en-dehors du continuum oral-écrit.

Bibliographie

  • BÄUML (Franz H.), « Varieties and consequences of medieval literacy and illiteracy », Speculum, 55/2, 1980, p. 237-265.
  • BÄUML (Franz H.) et SPIELMANN (Edda), « From illiteracy to literacy : Prolegomena to a study of the Nibelungenlied », Forum for Modern Language Studies, 10, 1974, p. 248-259.
  • CAMILLE (Michael), « Seeing and reading : some visual implications of medieval literacy and illiteracy », Art History, 8, 1985, p, 26-49.
  • RÖRIG (Fritz), « Mittelalter und Schriflichkeit », Welt als Geschichte, 13, 1953, p. 29-41.

équivalent dans une autre langue

Schriftlosigkeit (de)

illiterate (mentalité) (en)

Qualifie un état de mentalité dans lequel se trouve un individu ou un groupe qui n’a pas connaissance de l’écriture ; sorte d’état originel d’oralité primitive ou d’analphabétisme absolu qui n’existe plus en Occident au Moyen Âge.

Bibliographie

  • MOSTERT (Marco), « Forgery and trust », dans Strategies of writing : studies on text and trust in the Middle ages. Papers from « Trust in writing in the Middle ages » (Utrecht, 28-29 november 2002), Petra SCHULTE, Marco MOSTERT et Irene VAN RENSWOUDE, éd., Turnhout, 2008 (USML, 13), p. 40-41.
  • MOSTERT (Marco), « Using and keeping written texts : Reading and writing as forms of communication in the Early Middle Ages », dans Scrivere e leggere nell’alto medioevo (Spoleto, 28 aprile-4 maggio 2011), t. 1, Spolète, 2012 (Atti delle settimane, LIX), p. 76-77.

illitteratus (la)

Pour Herbert Grundmann, le terme d'illiteratus, qui dans l'Antiquité désignait l'analphabète, en est venu au Moyen Âge central à être employé comme un synonyme de laicus ou même d'idiota, pour désigner un individu qui, contrairement au litteratus ou clericus, n'avait pas accès à la culture lettrée latine. L'illiteratus se trouvait de ce fait confiné à l'oralité vernaculaire. Cette vision très dichotomique des compétences tant scripturaires que linguistique a été critiquée depuis lors pour laisser la place à des situations intermédiaires.

Bibliographie

  • GRUNDMANN (Herbert), « Litteratus-Illiteratus : Der Wandel einer Bildungsnorm vom Altertum zum Mittelalter », Archiv für Kulturgeschichte, 40, 1958, p. 1-65.

interpretative societies (en)

Groupe qui partage une même opinion s’appuyant sur l’analyse et l’interprétation d’un texte assez largement diffusé (textualisation). Certains membres du groupe sont nécessairement lettrés et jouent le rôle d’intermédiaires avec d’autres qui peuvent n’avoir aucune compétence scripturale tels que les quasi litterati culturels, même si le partage d’une opinion peut toucher des gens de niveau culturel moindre. Ces communautés d’interprétation constituent un élargissement des communautés textuelles qui n’est plus cantonné au seul domaine des croyances doctrinales mais peut toucher n’importe quelle opinion.

Bibliographie

  • MELVE (Leidulf), « Mapping public debates along the oral-literate continuum (1100-1300) », dans Along the Oral-Written Continuum. Types of Texts, Relations and their Implications, Slavika RANKOVIĆ, Leidulf MELVE, Else MUNDAL, éd., Turnhout, 2010 (USML, 20), p. 80-81.

lay literacy (en)

Usages de l’écrit par les laïcs. Dans une société où les ecclésiastiques dominent l’écrit, la lay literacy s’entend d’une part comme l’adoption par les laïcs (ou par certains laïcs) de pratiques scripturaires jusque-là en usage parmi les clercs, d’autre part comme le développement de pratiques propres (nouveaux genres textuels, usage de la langue vernaculaire…). La notion relève de ces scripturalités catégorielles (selon les états, les classes ou groupes sociaux, le genre) qui depuis les années 1990 ont eu tendance à miner la notion de literacy.

Bibliographie

  • THOMPSON (James Westfall), The Literacy of the Laity in the Middle Ages, Berkeley, 1939.
  • PARKES (Malcolm B.), « The literacy of the laity » (1ère éd. 1973), dans Id., Scribes, Scripts and Readers. Studies in the communication, presentation and dissemination of medieval texts, Londres / Rio Grande, 1991, p. 275.
  • AURELL (Martin), Le chevalier lettré. Savoir et conduite de l’aristocratie aux XIIe et XIIIe siècles, Paris, 2011.
  • CLANCHY (Michael T.), From memory to written record. England 1066-1307, Oxford / Cambridge (Mass.), 3e éd. , 2013, p. 233-242.
  • Mc KITTERICK (Rosamond), The Carolingians and the Written Word, Cambridge / New York, 1989, p, 211-270.
  • WORMALD (Patrick C.), « The uses of literacy in Anglo-Saxon England and its neighbours », Transactions of the Royal Historical Society, 5e sér., 27, 1977, p. 95-114.
  • LOWE (Kathryn A.), « Lay literacy in Anglo-Saxon England and the development of the chirograph », dans Anglo-Saxon manuscripts and their heritage, Phillip PULSIANO et Elaine M. TREHARNE, éd., Aldershot / Brookfield (Vt), 1998, p. 161-204.

lecteur amateur (fr)

Catégorie de « lecteur-usager » du livre de la fin du Moyen Âge proposée par Céline Van Hoorebeeck qui accède au texte par une oralisation en public du contenu vernaculaire des livres. Superflu, relevant de l’agrément, cet usage récréatif du livre se traduit dans l’esthétique luxueuse de l’objet-livre en vogue dans de la noblesse notamment.

Bibliographie

  • VAN HOOREBEECK (Céline), « Du livre au lire. Lectures et lecteurs à l’épreuve des catégorisations sociales », dans Lecteurs, lectures et groupes sociaux au Moyen Âge, Actes de la journée d’étude organisée par Centre de recherche (PraME) de l’Université de Namur et le Département des Manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles, le 18 mars 2010, Xavier Hermand, Étienne Renard et Céline van Hoorebeeck, dir., Turnhout, 2014 (Texte, Codex & Contexte, 17), p. 129-130.

lecteur comprenant (fr)

Personne ayant la compétence de lire et de comprendre un texte nouveau, contrairement au lecteur phonétique. Il pratique la comprehension literacy.

Bibliographie

  • SAENGER (Paul), « Prier de bouche et prier de cœur. Les livres d’heures du manuscrit à l’imprimé », dans Les usages de l’imprimé (XVe-XIXe siècle), Roger CHARTIER, dir., Paris, 1987, p. 192-193.
  • GREEN (Dennis H.), Medieval listening and reading. The primary reception of German literature 800-1300, Cambridge, 1994, p. 328.

lecteur phonétique (fr)

Personne ayant la compétence de déchiffrer un texte, de comprendre certains textes simples, surtout vernaculaires, mais incapable de lire et de comprendre un texte complexe. Il pratique la phonetic literacy.

Bibliographie

  • SAENGER (Paul), « Prier de bouche et prier de cœur. Les livres d’heures du manuscrit à l’imprimé », dans Les usages de l’imprimé (XVe-XIXe siècle), Roger CHARTIER, dir., Paris, 1987, p. 192-193.
  • GREEN (Dennis H.), Medieval listening and reading. The primary reception of German literature 800-1300, Cambridge, 1994, p. 328.

lecteur professionnel (fr)

Catégorie de « lecteur-usager » du livre de la fin du Moyen Âge proposée par Céline Van Hoorebeeck qui s'inscrit dans l'héritage des pratiques de lecture scolastiques et se rapproche du « lecteur humaniste » (Anthony Grafton) de la Renaissance. Travaillant dans le silence d'une bibliothèque sur des ouvrages savants qu'il consulte au cours de lectures pas nécessairement suivies, le lecteur professionnel est aussi un scripteur qui n'hésite pas à recopier de larges passages ou à annoter les manuscrits en cours de lecture. Pour lui, le livre est un instrument de travail.

Bibliographie

  • VAN HOOREBEECK (Céline), « Du livre au lire. Lectures et lecteurs à l’épreuve des catégorisations sociales », dans Lecteurs, lectures et groupes sociaux au Moyen Âge, Actes de la journée d’étude organisée par Centre de recherche (PraME) de l’Université de Namur et le Département des Manuscrits de la Bibliothèque royale de Belgique, Bruxelles, le 18 mars 2010, Xavier HERMAND, Étienne RENARD et Céline VAN HOOREBEECK, dir., Turnhout, 2014 (Texte, Codex & Contexte, 17), p. 128-129.
  • GRAFTON (Anthony), « Le lecteur humaniste », dans Histoire de la lecture dans le monde occidental, Guglielmo CAVALLO et Roger CHARTIER, dir, Paris, 2001 (1ère éd. : 1997), p. 221-263.
  • HAMESSE (Jacqueline), « Le modèle scolastique de la lecture », dans Histoire de la lecture dans le monde occidental, Guglielmo CAVALLO et Roger CHARTIER, dir, Paris, 2001 (1ère éd. : 1997), p. 31-152.

lieu d’écriture (fr)

Dans la définition qu’en a proposé Martin-Dietrich Glessgen le lieu d’écriture est à entendre dans un sens institutionnel comme lieu de production de documents diplomatiques qui se singularise par l’usage de normes particulières, notamment visible en ancien français par l’analyse graphématique des particularités scriptologiques des textes (le recours préférentiel à certaines variantes graphiques agissant comme une marque de fabrique). L'expression s’applique tout autant aux organes institués aux contours bien définis comme les chancelleries, qu’à des instances fonctionnant de manière plus sporadiques.

Bibliographie

  • GLESSGEN (Martin-Dietrich), « Les lieux d’écriture dans les chartes lorraines du XIIIe siècle », Revue de Linguistique Romane, 72, juillet-décembre 2008, p. 413-540.

literacy (en)

a) Au sens premier, maîtrise individuelle de l’écrit sous forme de lecture et d'écriture comme dans l'italien alfabetismo.

b) La notion s'est élargie à partir des années 1960 pour désigner l'écrit dans son ensemble, depuis sa matérialité (Schriftwesen) jusqu'à ses usages sociaux et aux compétences intellectuelles qui en découlent. Suite à l'ethnographic turn des années 1980, on a assisté à un éclatement de la notion en de multiples literacies précédées d'un adjectif destiné à qualifier les pratiques de l'écrit de certains groupes (comme la lay literacy), les formes de pratiques de l'écrit (comme la mental literacy) voire toute compétence d'ordre intellectuel (on parle ainsi de digital literacy pour la capacité à manier les ordinateurs).

Bibliographie

  • a) ADAMSON (John William), « The extent of literacy in England in the fifteenth and sixteenth centuries », The Library, 10/2, 1929, p. 163.
  • GALBRAITH (Vivian Hunter), « The literacy of medieval English kings », Proceedings of the British Academy, 21, 1935, p. 201.
  • b) ADAMSKA (Anna), « The Study of Medieval Literacy : Old sources, new ideas », dans The development of literate mentalities in East Central Europe, Anna ADAMSKA et Marco MOSTERT, éd., Turnhout, 2004 (USML, 9), p. 15-16.
  • BRIGGS (Charles F.), « Literacy, Reading and Writing in the Medieval West », Journal of Medieval History, 26/4, 2000, p. 398.

literate (mentalité) (en)

Qualifie un état de mentalité dans lequel se trouve un individu ou un groupe pratiquant l’écrit et lui accordant confiance, même s’il peut l’accompagner de paroles, gestes et rites. L’écrit a valeur en soi, il se suffit à lui-même.

Bibliographie

  • MOSTERT (Marco), « Forgery and trust », dans Strategies of writing : studies on text and trust in the Middle ages. Papers from « Trust in writing in the Middle ages » (Utrecht, 28-29 november 2002), Petra SCHULTE, Marco MOSTERT et Irene VAN RENSWOUDE, éd., Turnhout, 2008 (USML, 13), p. 40-41.
  • MOSTERT (Marco), « Using and keeping written texts : Reading and writing as forms of communication in the Early Middle Ages », dans Scrivere e leggere nell’alto medioevo (Spoleto, 28 aprile-4 maggio 2011), t. 1, Spolète, 2012 (Atti delle settimane, LIX), p. 76-77.
  • CLANCHY (Michael T.), From memory to written record. England 1066-1307, Oxford / Cambridge (Mass.), 3e éd. , 2013, p. 187-198.

literate mentality (en)

Etat d’une société où l’usage de l’écrit est collectivement considéré comme utile, nécessaire ou normal. Nous proposons ici de le rendre en français par « mentalité scripturaire ».

Bibliographie

  • CLANCHY (Michael T.), From memory to written record. England 1066-1307, Oxford / Cambridge (Mass.), 3e éd. , 2013, p. 187-198.

équivalent dans une autre langue

mentalité scripturaire (fr)

littéracie (fr)

Calqué sur l'anglais literacy, ce néologisme apparu dans les années 1990 est un synonyme de scripturalité. On le trouve en 1995 dans une étude québécoise puis en l'an 2000 dans un rapport de l'OCDE.

L'usage qui en est fait par les anthropologues ou dans les sciences de l'éducation incite à introduire une distinction entre les deux termes : la littéracie revêt ainsi avant tout une dimension compétentielle (capacité de lire/écrire, comme dans l'italien alfabetismo). Dans cette acception, les analphabètes (analfabeti) sont étrangers à la littéracie mais peuvent participer à la scripturalité par le biais de la quasi-littéracie. Plus récente que le terme anglais, la notion ne connaît pas encore l’émiettement sémantique et catégoriel de la literacy. On trouve également les graphies littératie et, plus rarement, litéracie.

Bibliographie

  • TUIJNMAN (Albert), KIRSCH (Irwin), MURRAY (Scott) et JONES (Stan), Littératie, économie et société. Résultats de la première enquête internationale sur l'alphabétisation des adultes, Statistiques Canada, 1995.
  • OCDE, La littératie à l’ère de l’information. Rapport final de l’enquête internationale sur la littératie des adultes, Paris, 2000.
  • JAFFRÉ (Jean-Pierre), « La litéracie : histoire d’un mot, effets d’un concept », dans Christine BARRÉ-DE MINIAC, Catherine BRISSAUD et Marielle RISPAIL, dir., La littéracie. Conceptions théoriques et pratiques d’enseignement de la lecture-écriture, Paris, 2004, p. 21-41.

littérarité (fr)

Terme proposé par Serge Lusignan pour désigner la « culture de l'écrit ». Il ne s'est guère imposé.

Bibliographie

  • LUSIGNAN (Serge), « Les difficultés d’une typologie des écrits du Moyen Âge tardif », dans Pratiques de la culture écrite en France au XVe siècle. Actes du Colloque international du CNRS, Paris, 16-18 mai 1992, Monique ORNATO et Nicole PONS, éd., Louvain-la-Neuve, 1995 (TEMA, 2), p. 559.

litteratus (la)

Pour Herbert Grundmann, au Moyen Âge central, les termes de clericus et litteratus étaient devenus synonymes pour désigner ces ecclésiastiques lettrés, bons lecteurs et bons scripteurs baignant dans une culture latine, par opposition à l'illiteratus laïc, ancré dans l'oralité vernaculaire. Cette catégorisation binaire, trop schématique et inexacte, a été remise en question dès les années 1970, où des situations intermédiaires, comme celle des milites litterati de la cour d'Angleterre au XIIe siècle ont été relevées.

Bibliographie

  • GRUNDMANN (Herbert), « Litteratus-Illiteratus : Der Wandel einer Bildungsnorm vom Altertum zum Mittelalter », Archiv für Kulturgeschichte, 40, 1958, p. 1-65.
  • TURNER (Ralph V.), « The miles literatus in twelfth- and thirteenth-century England : How rare a phenomenon ? », The American Historical Review, 83/4, 1978, p. 928-945.
  • CLANCHY (Michael T.), From memory to written record. England 1066-1307, Oxford / Cambridge (Mass.), 3e éd., 2013, p, 228-232.

équivalent dans une autre langue

lettré (fr)

literate (en)

mandarin literacy (en)

Pratiques de l’écrit de l’élite académique en usage dans les milieux des lettrés professionnels, parmi les gens de savoir exerçant un magistère intellectuel. Présente chez certains clercs tout au long du Moyen Âge, cette pratique évolue avec la Renaissance du XIIe siècle : au XIIIe siècle et après, l’expression renvoie aux universitaires, écolâtres et autres maîtres, c’est-à-dire au monde élitiste des clercs écrivant en latin, dont Thomas d’Aquin est la figure emblématique.

Bibliographie

  • DE JONG (Mayke), « Some reflections on mandarin language », dans East and West : Modes of communication. Proceedings of the First Plenary Conference at Merida, Evangelos CHRYSOS et Ian WOOD, éd., Leyde, 1999, p. 61-69.
  • WORMALD (Patrick) et NELSON (Janet L.), Lay intellectuals in the Carolingian world, Cambridge, 2007.
  • MOSTERT (Marco), A Bibliography of Works on Medieval Communication, Turnhout, 2012 (USML, 2), p. 341-346, n° 4477-4556.

meditative reading (en)

Forme de quasi-littéracie mettant en jeu la mémoire du « lecteur », qui connaît par cœur un texte appris par l’entremise d’un lecteur comprenant (donc via l'aurality). Le lecteur-auditeur est capable de se remémorer le texte en utilisant comme outil mnémotechnique l’objet-livre (grâce aux éléments graphiques, à la mise en page, aux pièces décoratives...).

Bibliographie

  • ADAMSKA (Anna), « “Audire, intelligere, memorie commendare” : attitudes of the rulers of Medieval Central Europe towards written texts », dans Along the Oral-Written Continuum. Types of Texts, Relations and their Implications, Slavika RANKOVIĆ, Leidulf MELVE, Else MUNDAL, éd., Turnhout, 2010 (USML, 20), p. 340-344.

mental literacy (en)

Compétence de lecture la plus aboutie selon Dennis Green, purement spéculative puisqu’elle s’opère sans l’aide d’un support textuel matériel (tout à l’opposé donc du meditative reading). Le « lecteur » visualise le texte dans son esprit, comme pour résoudre mentalement une anagramme.

Bibliographie

  • GREEN (Dennis H.), Medieval listening and reading. The primary reception of German literature 800-1300, Cambridge, 1994, p. 133.

mentalité scripturaire (fr)

L'expression ne s'est pas encore imposée en français, mais elle est suffisamment claire pour qu'on puisse la considérer comme une bonne traduction de l'anglais literate mentality.

équivalent dans une autre langue

literate mentality (en)

New Literacy Studies (NLS) (en)

Courant d’étude de la scripturalité d’origine anglo-saxonne qui suite au tournant ethnographique s’est opposé à une conception univoque, « idéologique » de la scripturalité (perçue comme ayant les mêmes effets en tout temps et en tout lieu avec en arrière-plan l’idée du « grand partage ») pour mettre l’accent sur les spécificités des pratiques locales. Dans cette vision « ethnographique », le pluriel est de mise et l’accent est mis sur la diversité des scripturalités (« literacies »). L’émiettement de la notion de literacy voire le relativisme qui ont résulté des usages de cette conception, ont entraîné une récente inflexion dans ces études chez certains auteurs qui tentent de remettre en avant certaines constantes anthropologiques ou sociales dans les usages de l’écrit.

Bibliographie

  • FRAENKEL (Béatrice) et Mbodj (Aïssatou), « Introduction. Les New Literacy Studies, jalons historiques et perspectives actuelles », Langage et société, 133/3, 2010, p. 7-24.
  • BARTON (David) et HAMILTON (Mary), « La littératie : une pratique sociale », Langage et société, 133, 2010, p. 45-62.
  • STREET (Brian V.), « 18. Ethnography of writing and reading », dans The Cambridge Handbook of Literacy, David R. OLSON et Nancy TORRANCE, dir., Cambridge, 2009, p. 332-338.

NLS (en)

Abréviation courante pour New Literacy Studies.

numeracy (en)

Ensemble des compétences mathématiques et des pratiques autour des chiffres et des nombres qu’elles soient ou non couplées avec l’écrit (le calcul mental comme la tenue de comptes en relèvent). C'est l'équivalent arithmétique de la littéracie.

Bibliographie

  • CHRISOMALIS (Stephen), « The origins and co-evolution of literacy and numeracy  », dans The Cambridge Handbook of Literacy, p. 59-74.
  • KUCHENBUCH (Ludolf), « Pragmatische Rechenhaftigkeit ? Kerbhölzer in Bild, Gestalt und Schrift », Frühmittelarterliche Studien, 36, 2002, p, 469-489.
  • Ecrire, compter, mesurer : vers une histoire des rationalités pratiques, Natacha COQUERY, François MENANT et Florence WEBER, dir., Paris, 2006.

équivalent dans une autre langue

Rechenhaftigkeit (de)

oralité (fr)

Notion aux contours variables dans les Medieval Literacy Studies qui s’entend toujours par rapport à la scripturalité. Si tout le monde s’accorde sur le fond, à savoir que l’oralité est une forme de communication orale, les implications sociétales découlant de son usage ont été perçues de façon très contrastée. D’abord, de manière antagoniste par rapport à l’écrit chez Walter Ong : oralité et scripturalité s’excluent et leur usage respectif crée des formes de société très différentes (voir grand partage, strong theory). Ensuite de façon complémentaire (weak theory) chez Ruth Finnegan, avec des formes mixtes ou intermédiaires le long du continuum oral-écrit, allant de la « vocalité », ou vocalisation des textes littéraires, aux diverses formes de quasi-littéracie.

Bibliographie

  • ONG (Walter Jackson), Orality and Literacy. The Technologizing of the Word, Londres / New York, 1982.
  • STOCK (Brian), The Implications of Literacy : written language and models of interpretation in the eleventh and twelfth centuries, Princeton, 1983, p. 12-29.
  • FINNEGAN (Ruth), Literacy and Orality : Studies in the technology of communication, Oxford, 1988.
  • CHINCA (Mark) et YOUNG (Christopher), « Orality and Literacy in the Middle Ages  : A conjunction an its consequences », dans Orality and Literacy in the Middle Ages. Essays on a contribution in honour of D. H. Green, Mark CHINCA et Christopher YOUNG, éd., Turnhout, 2005 (USML, 12), p. 1-15.
  • KELLER (Hagen), « Oralité et écriture », dans SCHMITT (Jean-Claude) et OEXLE (Otto-Gerhard), éd., Les tendances actuelles de l’histoire du Moyen Âge en France et en Allemagne. Actes des colloques de Sèvres (1997) et Göttingen (1998) organisés par le CNRS et le Max-Planck-Institut für Geschichte, Paris, 2003, p. 127-142.

équivalent dans une autre langue

orality (en)

Oralität (de)

Mundlichkeit (de)

participatory literacy (en)

Forme passive de participation à la scripturalité, par exemple comme récepteur d’une lecture. La notion inclut en fait des formes très variées de contact avec l’écrit, tant visuelles qu’auditives ou orales qui relèvent au fond de la quasi-littéracie.

Bibliographie

  • SMITH (Julia M. H.), Europe after Rome. A new cultural history. 500-1000, Oxford, 2005, p. 42.

partielle Schriftlichkeit (en)

Scripturalité incomplète, qui ne touche que certains registres de l’écrit ou certaines composantes de la société. On la trouve notamment au haut Moyen Âge dans de nombreuses régions d'Occident. La notion n’implique pas autant une relation de pouvoir et de confiscation de l’écrit par l’élite que celle de restricted literacy.

Bibliographie

  • KELLER (Hagen), GRUBMÜLLER (Klaus) et STAUBACH (Nikolaus), Pragmatische Schriftlichkeit im Mittelalter. Erscheinungsformen und Entwicklungsstufen, Munich, 1992 (MMS, 65), p. 2.

paysage de l’écrit (fr)

Face visible d’un régime de scripturalité. Pour l’historien, le paysage de l’écrit peut être appréhendé à travers l’ensemble des formes d’écrits conservés de manière directe (en original sur parchemin ou sur tout autre support) ou indirecte (copies, mentions d’érudits…), voire par déduction résultant de la comparaison avec des milieux similaires à la société étudiées (telles que les grandes villes voisines de Douai).

Bibliographie

  • BRUNNER (Thomas), Douai, une ville dans la révolution de l'écrit du XIIIe siècle, t. 1, Thèse inédite, Université de Strasbourg, 2014, p. 151.

phonetic literacy (en)

Dennis Green a usé cette expression anglaise pour rendre le français « alphabétisation phonétique » utilisé par Paul Saenger.

La phonetic literacy désigne le degré de compétence dans la lecture atteint par le lecteur phonétique, qui n'est guère qu'en mesure d'ânonner syllabe par syllabe un texte souvent déjà connu et plus ou moins mémorisé. A ce niveau-là, la lecture de tout nouveau texte présente des difficultés de compréhension.

Bibliographie

  • SAENGER (Paul), « Prier de bouche et prier de cœur. Les livres d’heures du manuscrit à l’imprimé », dans Les usages de l’imprimé (XVe-XIXe siècle), Roger CHARTIER, dir., Paris, 1987, p. 192-193.
  • GREEN (Dennis H.), Medieval listening and reading. The primary reception of German literature 800-1300, Cambridge, 1994, p. 328.

équivalent dans une autre langue

alphabétisation phonétique (fr)

pragmatic literacy (en)

a) Dans le sens restreint donné par Macolm Parkes, la pragmatic literacy désigne les pratiques de l’écrit en usage dans le commerce ou plus largement dans les affaires.

b) Dans un sens plus élargi, c’est la traduction anglaise de pragmatische Schriftlichkeit.

Bibliographie

  • (a) PARKES (Malcolm B.), « The literacy of the laity » (1ère éd. 1973), dans Id., Scribes, Scripts and Readers. Studies in the communication, presentation and dissemination of medieval texts, Londres / Rio Grande, 1991, p. 275.
  • (b) BRITNELL (Richard), « Pragmatic literacy in Latin Christendom », dans Pragmatic Literacy, East and West, 1200-1330, Richard H. BRITNELL, éd., Woodbridge, 1997, p. 3-24.

équivalent dans une autre langue

pragmatische Schriftlichkeit (de)

scripturalité pragmatique (fr)

pragmatische Schriftlichkeit (de)

L'expression englobe tout ce qui concerne l’écrit dit pragmatique, réalisé à des fins pratiques dans tous les registres de la vie privée (écrits du quotidien) ou sociale (actes officiels), ce qui en rend les contours très flous. On peut préciser la chose en disant que cette scripturalité est l’objet d’étude privilégié des diplomatistes ou qu’en sont exclues les œuvres littéraires, religieuses ou d’un savoir spécialisé.

Bibliographie

  • KELLER (Hagen), GRUBMÜLLER (Klaus) et STAUBACH (Nikolaus), Pragmatische Schriftlichkeit im Mittelalter. Erscheinungsformen und Entwicklungsstufen, Munich, 1992 (MMS, 65).

équivalent dans une autre langue

pragmatic literacy (en)

scripturalité pragmatique (fr)

pré-littéracie ou proto-littéracie (fr)

a) Etat d’une société en contact avec la scripturalité mais qui ne l’a pas encore adoptée. La notion comporte une dimension téléologique (celle de l’idée d’un passage nécessaire à une littéracie complète) qui obère la bonne compréhension du régime de scripturalité de ces sociétés. Un tel phénomène ne concerne plus l’Occident médiéval une fois le haut Moyen Âge passé et les peuples « barbares » évangélisés.

b) Jack Goody évoquait les pre-literate societies pour désigner les sociétés sans écriture.

Bibliographie

  • a) GRAFF (Harvey J. ), The legacies of literacy : Continuities and contradictions in Western culture and society, Indianapolis, 1987, p. 16-22.
  • b) HAVELOCK (Erik A.), Preface to Plato, Cambridge (Mass.) / Londres, 1963, p. 42, 125.
  • GOODY (Jack), The domestication of the savage mind, Cambridge, 1977, p. 15, 19-33.
  • GOODY (Jack), La raison graphique. La domestication de la pensée sauvage, Paris, 1979, p. 61-84.

professional literacy (en)

Scripturalité plus ou moins technique pratiquée par les gens de savoir (mandarin literacy) ou des scribes uniquement compétents dans certains registres plus ou moins stéréotypés de l’écrit (alfabeti profesionali), comme ont pu l’être les rédacteurs des registres échevinaux douaisiens.

Bibliographie

  • PARKES (Malcolm B.), « The literacy of the laity » (1ère éd. 1973), dans Id., Scribes, Scripts and Readers. Studies in the communication, presentation and dissemination of medieval texts, Londres / Rio Grande, 1991, p. 275.

pseudo-littéracie (fr)

Pratiques marginales de l’écrit au cours desquelles une société ou un groupe social recourt à un système d’écriture qui lui est étranger pour en faire des usages purement graphiques ou symboliques ne relevant pas réellement de la culture de l’écrit dans la mesure où les lettres ne servent pas à retranscrire un texte.

Bibliographie

  • BRUNNER (Thomas), Douai, une ville dans la révolution de l'écrit du XIIIe siècle, t. 1, Thèse inédite, Université de Strasbourg, 2014, p. 293.

quasi litterati culturels (la)

On a pu aussi désigner les « quasi litterati culturels » par le terme semilitterati, qui peut être source de grandes confusions.

Individus ayant une culture livresque, à l’instar des lettrés (colti), sans disposer des compétences de lecture/écriture (on en exclura donc les simples lecteurs). Acquise par le biais de l’aurality, cette culture est mémorisée et peut s’actualiser avec l’aide de supports textuels comme dans la pratique du meditative reading. Leur culture relevant d’une appropriation plus ou moins collective, les quasi litterati culturels font nécessairement partie d’une interpretative society.

Bibliographie

  • WOLF (Jürgen), « Psalter und Gebetbuch am Hof : Bindeglieder zwischen klerikal-literater und laikal-mündlicher Welt », dans Orality and Literacy in the Middle Ages. Essays on a contribution in honour of D. H. Green, Mark CHINCA et Christopher YOUNG, éd., Turnhout, 2005 (USML, 12), p. 139.
  • BRUNNER (Thomas), Douai, une ville dans la révolution de l'écrit du XIIIe siècle, t. 1, Thèse inédite, Université de Strasbourg, 2014, p. 74.
  • Lambert d’Ardres, Historia comitum Ghisnensium, c. 80, éd. Johannes HELLER, dans MGH, SS, t. 24, Hanovre, 1879, p. 598.

quasi-littéracie (fr)

Ensemble des pratiques autour de l’écrit, qui permettent à des individus ou des groupes ne maîtrisant pas directement les compétences scripturales de participer à la culture de l’écrit en utilisant des modes de communication mixtes ou intermédiaires où interviennent l’oralité et l’aurality.

Bibliographie

  • BÄUML (Franz H.), « Varieties and consequences of medieval literacy and illiteracy », Speculum, 55/2, 1980, p. 242-246.
  • Orality and Literacy in the Middle Ages. Essays on a contribution in honour of D. H. Green, Mark CHINCA et Christopher YOUNG, éd., Turnhout, 2005 (USML, 12).
  • Along the Oral-Written Continuum. Types of Texts, Relations and their Implications, Slavika RANKOVIĆ, Leidulf MELVE, Else MUNDAL, éd., Turnhout, 2010 (USML, 20).

receptive and communicative literacy (en)

Autre manière de désigner la capacité de lire (receptive literacy) et d’écrire. Les deux compétences sont considérées comme les aspects passif et actif de la scripturalité. Cette dichotomie n’est pas sans rappeler les notions de « compétences passive » et « active » chez Michel Banniard ou de « compétence » et de « performance » chez Noam Chomsky. Dans la typologie des compétences scripturaires établie par Dennis Green, on est dans un niveau intermédiaire entre la receptive literacy et la mental literacy.

Bibliographie

  • GREEN (Dennis H.), Medieval listening and reading. The primary reception of German literature 800-1300, Cambridge, 1994, p. 328-329.
  • BANNIARD (Michel), Viva voce. Communication écrite et communication orale du IVe au IXe siècle en Occident latin, Paris, 1992, p. 552.
  • CHOMSKY (Noam), Aspects de la structure syntaxique, Paris, 1971 (éd. ang. : 1965).
  • NELSON (Janet L.), « Literacy in Carolingian government », dans McKitterick (Rosamond), éd., The uses of literacy in early medieval Europe, dir., Cambridge, 1990, p. 269.

receptive literacy (en)

Autre manière de désigner la capacité de lire, perçue comme un usage quelque peu passif de la scripturalité. Dans la typologie des compétences scripturaires établie par Dennis Green, c'est le premier degré, avant la receptive and communicative literacy et la mental literacy.

Bibliographie

  • GREEN (Dennis H.), Medieval listening and reading. The primary reception of German literature 800-1300, Cambridge, 1994, p. 328-329.

régime de scripturalité (fr)

Forme particulière des rapports qu’une société entretient avec l’écrit à une période donnée ou, si l’on veut, type particulier de culture de l’écrit.

Le régime de scripturalité est caractérisé par le niveau de développement du recours à l’écrit dans toutes ses dimensions : ampleur de l’extension sociale des usages de l’écrit (voir partielle Schriftlichkeit, lay literacy, professional literacy, restricted literacy…), type de regard des sociétés sur l’écrit (voir registers of literacy) ou encore ouverture de l’éventail des formes d’écrits (cultivated literacy, mandarin literacy, pragmastische Schriftlichkeit, vernacularisation…). Etroitement corrélés à l’évolution générale des sociétés, les régimes de scripturalité se sont par conséquent succédé en Occident au Moyen Âge. C’est en ce sens qu’il est légitime de parler de « révolution de l’écrit » ou de « mutation documentaire  » pour caractériser le régime de scripturalité qui fonctionne à Douai au XIIIe siècle.

Bibliographie

  • BRUNNER (Thomas), Douai, une ville dans la révolution de l'écrit du XIIIe siècle, t. 1, Thèse inédite, Université de Strasbourg, 2014, p. 151-152, 291-315.

registers of literacy (en)

Typologie à quatre niveaux créée par Marco Mostert pour rendre compte des différents rapports à l'écrit au Haut Moyen Âge, à la fois en termes de compétence individuelle et de mentalité. On trouve graduellement, les niveaux illiterate, semi-illiterate, semi-literate et literate.

Bibliographie

  • MOSTERT (Marco), « Forgery and trust », dans Strategies of writing : studies on text and trust in the Middle ages. Papers from « Trust in writing in the Middle ages » (Utrecht, 28-29 november 2002), Petra SCHULTE, Marco MOSTERT et Irene VAN RENSWOUDE, éd., Turnhout, 2008 (USML, 13), p. 40-44.
  • MOSTERT (Marco), « Using and keeping written texts : Reading and writing as forms of communication in the Early Middle Ages », dans Scrivere e leggere nell’alto medioevo (Spoleto, 28 aprile-4 maggio 2011), t. 1, Spolète, 2012 (Atti delle settimane, LIX), p. 76-77.

restricted literacy (en)

État d’une société dans laquelle l’usage de l’écrit est confiné à l’élite, le reste de la population connaissant l’écrit, voire le subissant, mais ne le pratiquant pas lui-même. La notion est plus fermée que celle de partielle Schriftlichkeit et son application, notamment à certaines sociétés du haut Moyen Âge, est critiquée.

Restricted literacy a été traduit par « culture écrite restreinte  » dans la version française de l'essai de Jack Goody, mais l'expression ne s'est guère imposée en français.

Bibliographie

  • GOODY (Jack), The domestication of the savage mind, Cambridge, 1977, p. 31.
  • GOODY (Jack), La raison graphique : la domestication de la pensée sauvage, Paris, 1979, p. 78.
  • GOODY (Jack), « Introduction », dans Literacy in traditional societies, Jack GOODY, éd., Cambridge, 1975 (1ère éd. : 1968), p. 11-20.
  • WORMALD (Patrick C.), « The uses of literacy in Anglo-Saxon England and its neighbours », Transactions of the Royal Historical Society, 5e sér., 27, 1977, p. 95-114.
  • LOWE (Kathryn A.), « Lay literacy in Anglo-Saxon England and the development of the chirograph », dans Anglo-Saxon manuscripts and theirheritage, Phillip PULSIANO et Elaine M. TREHARNE, éd., Aldershot / Brookfield (Vt), 1998, p. 166-168.

équivalent dans une autre langue

culture écrite restreinte (fr)

Schriftkultur (de)

Bibliographie

  • Pragmatische Dimensionen mittelalterlicher Schriftkultur (Akten des Internationalen Kolloquiums 26.-29. Mai 1999), Christel MEIER, Volker HONEMANN, Hagen KELLER et Rudolf SUNTRUP, éd., Munich, 2002 (MMS, 79).
  • Zwischen Pragmatik und Performanz. Dimensionen mittelalterlicher Schriftkultur, Christoph Dartmann,Thomas Scharff et Christoph Weber, éd., Turnhout, 2011 (USML, 18).

équivalent dans une autre langue

culture de l'écrit (fr)

written culture (en)

Schriftlichkeit (de)

a) Dans un sens général, désigne l’écrit dans toutes dimensions. C’est à peu près l’équivalent sémantique de l’anglais literacy.

b) Dans une acception plus restreinte, le terme a été distingué par Fritz Rörig de Schriftwesen pour désigner le degré d'usage de l'écrit d'une période donnée. On se rapproche de la notion de régime de scripturalité.

Bibliographie

  • RÖRIG (Fritz), « Mittelalter und Schriflichkeit », Die Welt als Geschichte, 13, 1953, p. 29.

Schriftwesen (de)

a) Au sens premier, le nom désigne l’écrit dans sa dimension matérielle, quasi-ontologique et peut renvoyer à l’ensemble des documents écrits sur lesquels s’appuie une Schriftkultur.

b) Dans une acception plus technique, présente déjà chez Wilhelm Wattenbach, il s'agit des conditions de production de l'écrit, tant matérielles qu'institutionnelles. Fritz Rörig conserve ce terme pour opérer une distinction avec la Schriftlichkeit, entendue comme le degré d'usage de l'écrit d'une période donnée.

Bibliographie

  • WATTENBACH (Wilhelm), Das Schriftwesen im Mittelalter, Leipzig, 1871.
  • RÖRIG (Fritz), « Mittelalter und Schriflichkeit », Welt als Geschichte, 13, 1953, p. 29.

équivalent dans une autre langue

scripturalité (fr)

scribal literacy (en)

Pratique d’écriture des scribes. C’est un équivalent chez Dennis Green de la professional literacy de Malcolm Parkes.

Bibliographie

  • GREEN (Dennis H.), Medieval listening and reading. The primary reception of German literature 800-1300, Cambridge, 1994, p. 328.

scripta (la)

Forme écrite de la langue vernaculaire, qui peut être plus ou moins marquée par des traits dialectaux.

La scripta de l’ancien français utilisée à Douai au XIIIe siècle était une scripta picarde ou plus précisément « franco-picarde ». L’étude des scriptas (ou scriptae) est l’objet d’une branche de la linguistique : la scriptologie.

Bibliographie

  • REMACLE (Louis), Le problème de l’ancien wallon, Paris, 1948, p. 24.
  • GOEBL (Hans) et WÜEST (Jakob), « 75. Scriptologie », dans Lexikon der Romanistischen Linguistik, Günter HOLTUS, Michael MATZELIN et Christian SCHMITT, éd., vol. I/2 : Methodologie/Méthodologie, Tübingen, 2001, p. 835-851.
  • WÜEST (Jakob), « 140. Les scriptae françaises : II. Picardie, Hainaut, Artois, Flandres », dans Lexikon der Romanistischen Linguistik, Günter HOLTUS, Michael MATZELIN et Christian SCHMITT, éd., vol. II/2 : Die einzelnen romanischen Sprachen und Sprachgebiete vom Mittelalter bis zur Renaissance / Les différentes langues romanes et leur région d’implantation du Moyen Âge à la Renaissance, Tübingen, 1995, p. 300-314.
  • LUSIGNAN (Serge), Essai d’histoire sociolinguistique. Le français picard au Moyen Âge, Paris, 2012 (Recherches littéraires médiévales, 13).

équivalent dans une autre langue

scripta (forme francisée) (fr)

Skripta (de)

scripteur (fr)

Personne ayant la capacité d’écrire (et nécessairement de lire). Il existe des scripteurs plus ou moins forts, depuis les spécialistes comme les scribes, simples copistes capables de belles réalisations mais non de productions originales (alfabeti funzionali), les écrivains rédigeant leur propre œuvre (colti), ou encore les simples usagers plus ou moins occasionnels de l’écrit (alfabeti dell’uso) parfois restreints aux seuls champs des écrits pragmatiques ou du quotidien (semialfabeti funzionali voire semialfabeti grafici).

Bibliographie

  • PETRUCCI (Armando), Prima lezione di paleografia, Rome / Bari, 2002 (UniversaleLaterza, 811), p. 20-21.
  • FRAENKEL (Béatrice), « Actes écrits, actes oraux : la performativité à l’épreuve de l’écriture », Etudes de communication, 29, 2006, p. 69-93.   [[en ligne]]

scription (fr)

En anthropologie, désigne l’acte du scripteur , c’est-à-dire le fait d’écrire, de mettre un texte par écrit.

Bibliographie

  • FRAENKEL (Béatrice), « Actes d’écriture : quand écrire c’est faire », Langage et société, 121-122, 2007, p. 103.

équivalent dans une autre langue

writing (en)

scriptologie (fr)

Branche de la linguistique historique et de l'histoire linguistique plus généralement qui a pour objet l'étude des scriptas .

Bibliographie

  • GOEBL (Hans) et WÜEST (Jakob), « 75. Scriptologie », dans Lexikon der Romanistischen Linguistik, Günter HOLTUS, Michael MATZELIN et Christian SCHMITT, éd., vol. I/2 : Methodologie/Méthodologie, Tübingen, 2001, p. 835-851.
  • GLESSGEN (Martin-Dietrich), « Trajectoires et perspectives en scriptologie romane », Medioevo romanzo, 36/1, 2012, p. 5-23.

équivalent dans une autre langue

Skriptologie (de)

scripturalisation (fr)

Phénomène de large diffusion de l’écrit dans une société. La scripturalisation ne consiste pas en l’introduction de l’écrit dans une société qui l’ignorait, mais dans la diffusion dans de très vastes secteurs de la société de pratiques de l’écrit jusque-là confinées au monde des élites. Elle se note notamment par le saut quantitatif, plus ou moins brusque, que l’on observe dans la production de documents écrits. Dans l’Occident médiéval, la première phase de scripturalisation généralement admise a eu lieu dans les décennies entourant 1100 avec le mouvement initial de la « révolution de l’écrit ».

Bibliographie

  • OESTERREICHER (Wulf), « Verschriftung und Verschriftlichung im Kontext medialer und konzeptioneller Schriftlichkeit », dans Schriflichkeit im frühen Mittelalter, Ursula SCHAEFER, éd., Tübingen, 1993 (ScriptOralia, 53), p. 267-292.
  • CLANCHY (Michael T.), « Introduction », dans New Approaches to Medieval Communication, Marco MOSTERT, éd., Turnhout, 1999 (USML, 1), p. 3-13.
  • MORSEL (Joseph), « Du texte aux archives : le problème de la source », BUCEMA, Hors série n° 2, 2008.   [[en ligne]]

équivalent dans une autre langue

Verschriftlichungsprozess (de)

literalisation process (en)

alfabetizzazzione (it)

scripturalité (fr)

Synonyme de littéracie. Il nous paraît toutefois nécessaire d’introduire une distinction avec littéracie, plus connoté par un côté compétentiel (autrement dit par la maîtrise de la lecture et de l’écriture) et de réserver scripturalité à ce qui relève d’une dimension sociale de l’écrit, celle des usages de l’écrit et de ce qui en découle (Schriftkultur ou culture de l’écrit) et qui impliquent la prise en compte de la matérialité de l’écrit (Schriftwesen).

Bibliographie

  • MORSEL (Joseph), « Le cartulaire de Sigmund I von Thüngen (Franconie, 1448/49)  », dans Les cartulaires. Actes de la table ronde de Paris (décembre 1991), Olivier Guyotjeannin et Michel Parisse, dir., Paris / Genève, 1993, p. 411.
  • PARISSE (Michel), « Ecrit et oral », dans SCHMITT (Jean-Claude) et OEXLE (Otto-Gerhard), éd., Les tendances actuelles de l’histoire du Moyen Âge en France et en Allemagne. Actes des colloques de Sèvres (1997) et Göttingen (1998) organisés par le CNRS et le Max-Planck-Institut für Geschichte, Paris, 2003, p. 168.
  • MORSEL (Joseph), « Ce qu’écrire veut dire au Moyen Âge. Observations préliminaires à une étude de la scripturalité médiévale », dans Ecrire, compter, mesurer / 2, Vers une histoire des rationalités pratiques. Articles publiés en ligne, Natacha COQUERY, François MENANT et Florence WEBER, dir., Paris, 2006, p. 7-31.

scrittura esposta (it)

Bibliographie

  • PETRUCCI (Armando), « Potere, spazi urbani, scritture esposte : proposte ed esempi », dans Culture et idéologie dans la genèse de l’Etat moderne. Actes de la table ronde organisée par le CNRS et l’EFR (Rome, 15-17 octobre 1984), Rome, 1985 (Collection de l’EFR, 82), p. 85-97.

équivalent dans une autre langue

écriture exposée (fr)

semialfabeti funzionali (it)

Individus alphabétisés qui lisent et écrivent peu et uniquement en langue vernaculaire.

Bibliographie

  • PETRUCCI (Armando), Prima lezione di paleografia, Rome / Bari, 2002 (Universale Laterza, 811), p. 20-21.

semialfabeti grafici (it)

Individus alphabétisés capables de lire (sans être de parfaits lecteurs comprenants) et d’écrire de très brefs textes vernaculaires.

Bibliographie

  • PETRUCCI (Armando), Prima lezione di paleografia, Rome / Bari, 2002 (Universale Laterza, 811), p. 20-21.

semi-illiterate (mentalité) (en)

Qualifie un état de mentalité dans lequel se trouve un individu, un groupe ou une société, qui a connaissance de l’écriture sans en avoir lui-même une pratique directe (analfabeti) et qui de ce fait n’a pas une confiance totale en l’écrit, notamment pragmatique, qui vient en simple complément de paroles, gestes ou rites. L’écrit est du coup essentiellement confiné à une fonction mémorielle.

Bibliographie

  • MOSTERT (Marco), « Forgery and trust », dans Strategies of writing : studies on text and trust in the Middle ages. Papers from « Trust in writing in the Middle ages » (Utrecht, 28-29 november 2002), Petra SCHULTE, Marco MOSTERT et Irene VAN RENSWOUDE, éd., Turnhout, 2008 (USML, 13), p. 40-41.
  • MOSTERT (Marco), « Using and keeping written texts : Reading and writing as forms of communication in the Early Middle Ages », dans Scrivere e leggere nell’alto medioevo (Spoleto, 28 aprile-4 maggio 2011), t. 1, Spolète, 2012 (Atti delle settimane, LIX), p. 76-77.

semi-literacy (en)

Dans les sciences de l’Antiquité, le terme a été utilisé pour qualifier la situation d’une société connaissant l’écriture, mais sans que celle-ci soit nécessaire à son bon fonctionnement ou très pratiquée.

Bibliographie

  • HAVELOCK (Erik A.), Preface to Plato, Cambridge (Mass.) / Londres, 1963, p. 40.

semi-literate (mentalité) (en)

Qualifie un état de mentalité dans lequel se trouve un individu ou un groupe lui-même dépourvu de la totalité des compétences scripturaires, vivant dans une société où l’écrit est d’usage courant mais où il ne se suffit pas totalement à lui-même et complète des paroles, gestes ou rites. La confiance en l’écrit est grande sans être aveugle. Dans les représentations de ce groupe, l’écrit oscille entre fonction mémoriale et d’accomplissement.

Bibliographie

  • MOSTERT (Marco), « Forgery and trust », dans Strategies of writing : studies on text and trust in the Middle ages. Papers from « Trust in writing in the Middle ages » (Utrecht, 28-29 november 2002), Petra SCHULTE, Marco MOSTERT et Irene VAN RENSWOUDE, éd., Turnhout, 2008 (USML, 13), p. 40-41.
  • MOSTERT (Marco), « Using and keeping written texts : Reading and writing as forms of communication in the Early Middle Ages », dans Scrivere e leggere nell’alto medioevo (Spoleto, 28 aprile-4 maggio 2011), t. 1, Spolète, 2012 (Atti delle settimane, LIX), p. 76-77.

semilitterati (la)

Il ne faut pas confondre les semilitterati avec les personnes ayant une mentalité semi-literate, car au contraire la mentalité cultivée de ces quasi litterati culturels est tout à fait literate.

Bibliographie

  • KELLER (Hagen), « Oralité et écriture », dans SCHMITT (Jean-Claude) et OEXLE (Otto-Gerhard), éd., Les tendances actuelles de l’histoire du Moyen Âge en France et en Allemagne. Actes des colloques de Sèvres (1997) et Göttingen (1998) organisés par le CNRS et le Max-Planck-Institut für Geschichte, Paris, 2003, p. 132-133.

semi-oralité (fr)

Selon Paul Zumthor, la société médiévale pratiquait une « semi-oralité ». Sa littérature se caractérisait par une « oralité mixte » : l'oeuvre était écrite pour être dite. Cette performance orale est appelée « vocalité ».

Bibliographie

  • ZUMTHOR (Paul), La Poésie et la voix dans la civilisation médiévale, Paris, 1984, p. 49, 60.
  • ZUMTHOR (Paul), La lettre et la voix. De la littérature médiévale, Paris, 1987, p. 18-19.
  • BATANY (Jean) « Ecrit / oral », dans Jacques LE GOFF et Jean-Claude SCHMITT, dir., Dictionnaire raisonné de l’Occident médiéval, Paris, 1999, p. 309-321.

Voir

simple lecteur (fr)

Dans une société où l’apprentissage de la lecture et celui de la scription ne vont pas nécessairement de pair, le simple lecteur est l’individu en mesure de lire par lui-même un texte (qu’il soit lecteur phonétique ou comprenant) mais non d’écrire. Il n’est pas du tout scripteur (alors qu’à l’inverse tout scripteur est lecteur), ce qui n’empêche pas certains parmi les simples lecteurs comprenants de partager la culture des lettrés (colti) et des quasi litterati culturels. L’absence de capacité à écrire n’est par conséquent pas un élément de distinction culturelle probant au Moyen Âge central.

strong theory (en)

Selon cette vision des moyens de communication, oralité et scripturalité s’opposent. Il en découle une conception anthropologique, dominante aux débuts des Literacy Studies selon laquelle il existe un « grand partage » entre sociétés de l’écrit et société de l’oralité.

Bibliographie

  • FINNEGAN (Ruth), Literacy and Orality : Studies in the technology of communication, Oxford, 1988, p. 141, 160.

tendenziell allgemeine Schriftlichkeit (de)

Cette scripturalité tendant à se généraliser, c’est-à-dire à toucher tous les aspects de la vie sociale fait suite à la partielle Schriftlichkeit du Haut Moyen Âge selon H. Keller. L'expression est proche de l'idée de scripturalisation.

Bibliographie

  • KELLER (Hagen), GRUBMÜLLER (Klaus) et STAUBACH (Nikolaus), Pragmatische Schriftlichkeit im Mittelalter. Erscheinungsformen und Entwicklungsstufen, Munich, 1992 (MMS, 65), p. 2.

textual communities (en)

Bibliographie

  • STOCK (Brian), The Implications of Literacy : written language and models of interpretation in the eleventh and twelfth centuries, Princeton, 1983, p. 88-240.

équivalent dans une autre langue

communautés textuelles (fr)

textualisation (fr)

a) Phénomène de diffusion d’un texte écrit et de son interprétation à travers un groupe réunissant des lettrés et des analphabètes dans une communauté textuelle.

b) Selon Gabrielle Spiegel, parmi les différents moyens de communication disponibles pour permettre à un groupe social comme la noblesse du nord de la France, d'affirmer et de défendre son identité, la textualisation fut utilisée au début du XIIIe s. Il s'agissait en l'occurrence d'une mise en texte, sous la forme d'une prose vernaculaire, de son histoire. La textualisation s'entend donc ici dans un sens rhétorique à rapprocher de la notion de tradition discursive,

Bibliographie

  • a) ONG (Walter), « Orality, literacy, and medieval textualization », New Literary History, 16/1, 1984, p. 1-12.
  • STOCK (Brian), « History, literature, and medieval textuality », Yale French Studies, 70, 1986, p. 7-17.
  • b) SPIEGEL (Gabrielle M.), « Social change and literary language. The textualization of the past in thirteenth-century Old French historiography », dans SPIEGEL (Gabrielle M.), The Past as Text. The theory and practice of medieval historiography, Baltimore / Londres, 1997, p. 178-194.

textualization (en)

Bibliographie

équivalent dans une autre langue

textualisation (fr)

tradition discursive (fr)

La linguistique variationnelle considère la langue comme un diasystème constitué de plusieurs traditions discursives qui sont les normes d’usage de la langue en fonction des situations de communication. Il existe ainsi une tradition discursive juridico-administrative que l’on trouve dans les chartes, chirographes et autres registres échevinaux. Elle se distingue par exemple de la tradition discursive littéraire des chansons et dits artésiens. Une même tradition discursive peut se retrouver dans plusieurs genres textuels (écrits de gestion, actes de la pratique…).

Bibliographie

  • GLESSGEN (Martin-Dietrich), « Diskurstraditionen zwischen pragmatischen Vorgaben und sprachlichen Varietäten », dans Historische Pragmatik und historische Varietätenlinguistik in den romanischen Sprachen, Angela SCHROTT et Harald VÖLKER, éd., Göttingen, 2005, p. 207-228.
  • KOCH (Peter), « 10. Romanische Sprachgeschichte und Varietätenlinguistik », dans Romanische Sprachgeschichte / Histoire linguistique de la Romania. Ein internationales Handbuch zur Geschichte der romanischen Sprachen, Gerhardt ERNST, Martin-Dietrich GLESSGEN, Christian SCHMITT et Wolfgang SCHWEICKARD, éd., 1. Teilband, Berlin / New York, 2003 (Handbücher zur Sprach- und Kommunikationswissenschaft, 23, 1), p. 102-124.
  • KOCH (Peter) et OESTERREICHER (Wulf), « Sprache der Nähe – Sprache der Distanz. Mündlichkeit und Schriftlichkeit im Spannungsfeld von Sprachtheorie und Sprachgeschichte », Romanistiches Jahrbuch, 36, 1985, p. 15-43.
  • KOCH (Peter) et OESTERREICHER (Wulf), « 62. Langage parlé et langage écrit », dans Lexikon der Romanistischen Linguistik, Günter HOLTUS, Michael METZELIN et Christian SCHMITT, éd., vol. I/2 : Methodologie/Méthodologie, Tübingen, 2001, p. 584-627.

équivalent dans une autre langue

Diskurstradition (de)

vernacularisation (fr)

Processus du passage à l'écrit d’une ou plusieurs langues vernaculaires en remplacement ou concurremment avec la langue de culture de référence, en l’occurrence le latin dans l’Occident médiéval. Le terme englobe en fait plusieurs phénomènes :

a) Pratique de la traduction en langue vernaculaire d'un texte latin. Plus largement, vernacularisation peut désigner le mouvement de traduction de textes latins en langue vernaculaire qui se répand en Occident à partir du XIIe siècle. De façon impropre, vulgarisation est parfois utilisé dans ce sens.

b) Le passage du latin au vernaculaire à proprement parler implique une substitution linguistique. Il consiste par conséquent à utiliser une langue vernaculaire à côté ou à la place du latin jusque-là en usage. Lorsque la langue écrite utilisée appartient au même domaine linguistique que la langue parlée (comme l'ancien français en domaine d’oïl), on peut parler de vernacularisation endogène ; lorsque la langue écrite est différente (comme l'ancien français en domaine flamand), on parle de vernacularisation exogène.

c) Dans un sens plus large, la vernacularisation des pratiques de l'écrit peut être vue comme le développement de l’écrit vernaculaire dans de nouveaux registres ou de nouvelles traditions discursives, qui accompagnent la diversification documentaire de la fin du Moyen Âge. Ainsi, la mise par écrit des bans échevinaux à Douai au XIIIe siècle n'a pas d'équivalent en latin.

Bibliographie

  • MOSTERT (Marco), A Bibliography of Works on Medieval Communication, Turnhout, 2012 (USML, 2), p. 196-199, n° 2428-2465.
  • a) SEGRE (Cesare), « I volgarizzamenti », dans Lo spazio letterario del Medioevo, 1. Il Medioevo latino, vol. 3, La ricezione del testo, Guglielmo CAVALLO, Claudio LEONARDI et Enrico MENESTÒ, dir., Rome, 1995, p. 271-298.
  • b) BRUNNER (Thomas), « Le passage aux langues vernaculaires dans les actes de la pratique en Occident », Le Moyen Âge, 115/1, 2009, p. 29-72.

équivalent dans une autre langue

vernacularization (en)

volgarizzamento (it)

Voir

Verschriftlichung (de)

Mise par écrit de la langue vernaculaire qui n’est pas une simple retranscription (Verschriftung), mais relève d’une sorte de transposition de la langue. En effet, le changement médial induit par le passage à l’écrit d’une langue orale entraîne l’élaboration de nouvelles traditions discursives qui relèvent de la langue écrite et non plus de la langue orale. En outre, l’écrit vernaculaire neutralise un certain nombre de variantes pour former une scripta.

Bibliographie

  • OESTERREICHER (Wulf), « Verschriftung und Verschriftlichung im Kontext medialer und konzeptioneller Schriftlichkeit », dans Schriflichkeit im frühen Mittelalter, Ursula SCHAEFER, éd., Tübingen, 1993 (ScriptOralia, 53), p. 267-292.
  • FRANCK (Barbara), HARTMANN (Jörg) et KÜRSCHNER (Heike), « Introduction », dans Inventaire systématique des premiers documents des langues romanes, Barbara FRANCK, Jörg HARTMANN (avec la collaboration de Heike KÜRSCHNER), t. 1, éd., Tübingen, 1997 (ScriptOralia, 100, 1), p. 9.
  • SELIG (Maria), « Le passage à l’écrit des langues romanes. Etat de la question  », dans SELIG (Maria), FRANK (Barbara) et HARTMANN (Jörg), éd., Le passage à l’écrit des langues romanes, Tübingen, 1993 (ScriptOralia, 46), p. 9-29.
  • SELIG (Maria), « Die Anfänge der Überlieferung der romanischen Sprachen : Quellentypen und Verschriftungsprinzipien », dans Romanische Sprachgeschichte/ Histoire linguistique de la Romania. Ein internationales Handbuch zur Geschichte der romanischen Sprachen, ERNST (Gerhardt), GLESSGEN (Martin-Dietrich), SCHMITT (Christian) et SCHWEICKARD (Wolfgang), éd., Berlin-New York, 2006 (Handbücher zur Sprach- und Kommunikationswissenschaft, 23, 2), p. 1937-1939.
  • BRUNNER (Thomas), « Le passage aux langues vernaculaires dans les actes de la pratique en Occident », Le Moyen Âge, 115/1, 2009, p. 29-72.

équivalent dans une autre langue

passage à l'écrit (fr)

passaggio alla scrittura (it)

Verschriftlichungsproceß (de)

équivalent dans une autre langue

literalisation process (en)

scripturalisation (fr)

Verschriftung (de)

Mise par écrit de la langue vernaculaire qui consiste en une simple retranscription du parler. A l’état pur, le phénomène est extrêmement rare au Moyen Âge (la question se pose pour les serments), on a assisté en fait à une Verschriftlichung des langues vernaculaires.

Bibliographie

  • OESTERREICHER (Wulf), « Verschriftung und Verschriftlichung im Kontext medialer und konzeptioneller Schriftlichkeit », dans Schriflichkeit im frühen Mittelalter, Ursula SCHAEFER, éd., Tübingen, 1993 (ScriptOralia, 53), p. 267-292.

équivalent dans une autre langue

mise par écrit (fr)

vulgarisation (fr)

a) Moyens mis en œuvre à l'intérieur même d'une langue (comme le fait d'abréger, d'illustrer ou de simplifier un discours) pour offrir à un lecteur ou à un auditeur d'un moindre niveau culturel la compréhension d'un sujet technique ou pointu.

b) Synonyme de vernacularisation. Afin d'éviter toute confusion avec le premier sens, il conviendrait d'éviter d'utiliser le terme dans cette acception.

Bibliographie

  • BRIGGS (Charles F.), « Teaching philosophy at school and court. Vulgarization and translation », dans Fiona SOMERSET et Nicholas WATSON, éd., The vulgar tongue. Medieval and postmedieval vernacularity, University Park, 2003, p. 99.

équivalent dans une autre langue

vulgarization (en)

volgarizzamento (it)

weak theory (en)

Conception des relations entre oralité et scripturalité opposée à la strong theory. La weak theory met en avant l’existence d’un continuum oral-écrit qui privilégie les formes de communication mixtes.

Bibliographie

  • FINNEGAN (Ruth), Literacy and Orality : Studies in the technology of communication, Oxford, 1988, p. 141, 160.