VOCES (VOCabulaire pour l’Étude des Scripturalités)

Présentation

Un projet né du dynamisme des études sur les scripturalités médiévales

Les études portant sur l’écrit et ses pratiques dans l’Occident médiéval se sont développées depuis la fin des années 1970 principalement dans l’historiographie anglo-saxonne (où l’on parle parfois de Medieval Literacy Studies) et dans celle d’expression allemande (autour de la notion de Schriflichkeit). En français, le néologisme scripturalité tend aujourd’hui à s’imposer pour désigner le phénomène étudié par ce champ de recherches très en vogue depuis le début du XXIe siècle. L’engouement autour de ces questions a été tel, que plusieurs milliers d’ouvrages ont été publiés dans toutes les langues européennes au cours de la dernière décennie, comme l’a montré la précieuse, mais malheureusement déjà dépassée, bibliographie réalisée en 2012 par l’équipe de Marco Mostert à l’Université d’Utrecht.

Cette intense et féconde production scientifique s’est accompagnée d’un foisonnement terminologique qui n’est pas toujours exempt d’une tendance au jargon. Il y a là de quoi déconcerter le chercheur débutant et même le spécialiste. Il est vrai que l’une des particularités, au demeurant très stimulante, des études des scripturalités médiévales, est qu’elles sont par essence interdisciplinaires, puisqu’au-delà du seul cercle des historiens et des praticiens des sciences de l’érudition (diplomatistes, paléographes, épigraphistes voire sigillographes), les linguistes, les spécialistes des littératures médiévales, des textes didactiques, religieux ou philosophiques ont développé leur propre approche des écrits médiévaux. Même des chercheurs, comme certains archéologues ou historiens de l’art, qui a priori ne travaillent pas sur des manuscrits, sont souvent confrontés à des types d’écrits sur support dur qui peuvent relever de ce champ d’études. En outre, les médiévistes de tous bords ont abondamment puisé dans les réflexions formulées par les anthropologues et les chercheurs en sciences sociales dans la veine des travaux pionniers menés par Jack Goody dans les années 1970. La multiplicité des influences disciplinaires dans l’élaboration des études des scripturalités médiévales telles qu’elles se pratiquent aujourd’hui a donc débouché sur la riche terminologie que l’on rencontre dans les publications.

Un outil appelé à se perfectionner

Si ce domaine de recherche connaît une indéniable vitalité, encore faut-il pouvoir s’y retrouver, d’autant qu’un même terme ou une même expression peut revêtir différentes acceptions d’un auteur à l’autre. C’est en partant de ce constat, de la volonté d’éviter les imprécisions et les confusions lexicales ainsi que du besoin de clarifier les choses pour les besoins de nos propres investigations, qu’est née l’initiative de dresser un petit vocabulaire de la terminologie en usage parmi les spécialistes de l’écrit dans les « régimes de scripturalité » qui ont précédé le monde né de l’invention de Gutenberg. Cet outil ne prétend en aucun cas à l’exhaustivité, qui serait de toute façon illusoire en la matière. Il entend pouvoir fournir une aide et peut-être constituer un petit guide vers certaines références bibliographiques. Conscient de ses propres limites, il est appelé à s’enrichir au fil des innovations lexicales et de l’émergence de néologismes scripturaux.

De ce constat est né « l’atelier VOCES » en septembre 2015 avec pour objectif la révision et l’élaboration de nouvelles notices afin d’enrichir la première version de ce thésaurus. La participation de modernistes, puis de spécialistes d’autres périodes historiques donne au projet un autre visage puisqu’au-delà de la seule période médiévale, il commence à s’ouvrir aux scripturalités dans l’histoire de façon plus générale.

Thomas BRUNNER
thomasbrunner@unistra.fr